PINÇON M. et PINÇON-CHARLOT M. « Sociologie de la bourgeoisie »

PINÇON M. et PINÇON-CHARLOT M. « Sociologie de la bourgeoisie »

Collection « Repères », Edition La Découverte

LES AUTEURS

BIOGRAPHIE

Depuis plus de dix ans, Michel Pinçon et sa femme Monique Pinçon-Charlot, sociologues de gauche, marxiste même, sont les deux spécialistes français des études sociologiques sur la richesse. Directeurs de recherche au CNRS, ils travaillent au laboratoire CSU (Cultures et Sociétés Urbaines) au sein de l’IRESCO (Institut de REcherche sur les Sociétés Contemporaines). Spécialistes reconnus d’un domaine où ils ont été des pionniers, ils ont conduit de nombreuses enquêtes sur la bourgeoisie.

BIBLIOGRAPHIES

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot :

Ouvrages :

  • « Dans les beaux quartiers », Edition Seuil – Collection « L’épreuve des faits » , 1989

  • « Quartiers bourgeois, quartiers d’affaires », Edition Payot – Collection « Documents » , 1992

  • « La chasse à courre, ses rites et ses enjeux », Edition Payot – Collection « Documents » , 1993 (Réédition dans la « Petite Bibliothèque Payot », 1996)

  • « Grandes fortunes, Dynasties familiales et formes de richesse en France », Edition Payot – Collection « Documents » , 1996 (Réédition dans la « Petite Bibliothèque Payot », 1998). Traduction : Grand Fortunes, Dynasties of Wealth in France, New-York, Algora Publishing, 1999.

  • « Voyage en grande bourgeoisie », Journal d’Enquête, Edition PUF – Collection « Sciences sociales et sociétés » , 1997

  • « Les Rothschild, une famille bien ordonnée », Edition La Dispute – Collection « Instants » , 1998

  • « Nouveaux patrons, Nouvelles dynasties », Edition Calmann-Lévy , 1999

Annales, cahiers, revues et autres :

  •  » Les nuits de Paris ». Les annales de la recherche urbaine, septembre 2000, n° 87, p. 15-24

  • « Les beaux quartiers parisiens convoités ». In Universalia 2000. Paris : Encyclopædia universalis, 2000, p. 273-276.

  • « A teoria de Pierre Bourdieu aplicada às pesquisas sobre a grande burguesia : uma metodologia plural para uma abordagem pluridisciplinar ». Revista de ciências Humanas, abril 1999, n° 25, p. 11-20.

  • « Comment définir les riches et la richesse ? » In DANIEL, Christine et LE CLAINCHE, Christine (eds.). Mesurer les inégalités : de la construction des indicateurs aux débats sur les interprétations. Paris : Ministère de l’Emploi et de la Solidarité – Drees, [1999], p. 31-40. Coll. MiRe.

  • « De quelques considérations sociologiques sur le déplacement ». In Catalogue de l’exposition « D’un autre point ». Roubaix : éd. Influ(x), 1999, p. 8-13.

  • « Itinéraire sociologique ». In SZAMBIEN, Werner et TALENTI, Simona (eds.). Le Sentier – Bonne Nouvelle : de l’architecture à la mode. Paris : Action artistique de la ville de Paris, 1999, p. 185-189. Coll. Paris et son patrimoine.

  • « L’entre-soi ou la cohabitation sociale ? » Témoin, octobre 1999, n° 18, « Violences, délinquances : nouvelles luttes sociales ? », p. 71-79.

  • « Logement social : frein à la gentrification ». In GASNAULT, François et DUMAS, Jean-Philippe (eds.). Le XXe arrondissement : la montagne à Paris. Paris : Action artistique de la Ville de Paris – Archives de Paris, 1999, p. 226-231.

  • « Le capital cosmopolite des élites : conversions et reconversions . In BROADY, Donald, CHMATKO, Natalia et SAINT-MARTIN, Monique de (eds.). Formation des élites et culture transnationale : colloque de Moscou, 27-29 avril 1996. Paris : École des hautes études en sciences sociales, CSEC ; Uppsala : université d’Uppsala, SEC, ILU, 1998, p. 35-45.

  • « Le grégarisme des grandes fortunes ». In PUMAIN, Denise et MATTEI, Marie-Flore (coord.). Données urbaines. Paris : Anthropos / INSEE, 1998, p. 231-240. Coll. Villes.

  • « Le poids de l’héritage ». Informations sociales, 1998, n° 67, p. 96-101.

  • « Une approche de la vénerie contemporaine ». In La vénerie française et belge aujourd’hui. Paris: Bourfontaine, 1998, p. 11-12.

  • « Usages et usagers ». In Hameaux, villas et cités de Paris. Paris : Action artistique de la ville de Paris, 1998, p. 89-97. Coll. Paris et son patrimoine.

  • « Antagonisme ou complémentarité entre grandes fortunes et nouveaux patrons ». Les Cahiers ENSPTT, octobre 1999, n° 11, « Les réseaux de dirigeants », p. 75-78.

  • « Le rôle de la famille dans la transmission de la fortune ». L’hebdo des socialistes, 29 janvier 1999, p. 16-17.

  • « La finance en famille ». Science et vie, novembre-décembre 1998, « Spécial économie », p. 62-67.

Michel Pinçon :

  • « Cohabiter. Groupes sociaux et modes de vie dans une cité HLM », Edition Plan Construction – Collection « Recherches », 1982

  • « Désarrois ouvriers. Familles de métallurgistes dans les mutations industrielles et sociales », Edition L’Harmattan – Collection « Logiques Sociales », 1987

Monique Pinçon-Charlot :

  • « Ségrégation urbaine. Classes sociales et équipements collectifs en région parisienne », Edition Anthropos, 1986 (En collaboration avec Edmond Preteceille et Paul Rendu).

OEUVRE

Façon dont l’ouvrage se place dans l’œuvre des auteurs :

« Sociologie de la bourgeoisie » est une synthèse de recherches réalisées par les deux auteurs. Il reprend en format de poche les résultats d’enquêtes antérieures. En effet, cet ouvrage a été publié en juin 2000, suite à la publication de nombreux livres écrits pas les auteurs sur la bourgeoisie (cf. La Bibliographie). Ces recherches ont été rendues possibles par les financements du Plan Urbain (intégré dans le Plan Urbanisme Construction Architecture, ministère de l’équipement, des Transports et du logement).

But du livre :

Le but de ce livre est de lever le voile qui recouvre les mystères de la bourgeoisie et de montrer ce qui constitue en classe sociale, un groupe apparemment composite. Des industriels, des hommes d’affaires, des banquiers, de vieille souche ou de récente extraction, y voisinent avec des exploitants agricoles, des hauts fonctionnaires, des membres de l’Institut, des généraux…

Il y a là un champ de recherches peu exploré, alors même que son intérêt pour la compréhension de la société ne fait pas de doute. Aujourd’hui, les travaux sociologiques sont trop rares. Ainsi, « ni vue, ni connue », la grande bourgeoisie peut espérer continuer à prospérer.

Les sociologues ont leur part de responsabilité dans la méconnaissance derrière laquelle s’abritent les processus de la « reproduction » de la bourgeoisie. Les travaux sur la haute société sont rares, laissant dans l’ombre privilèges et privilégiés. Les raisons à cela sont multiples :

  • La rareté des financements permettant de tels travaux.

  • La difficulté de mener des investigations auprès d’agents occupant des positions dominantes, qui disposent de pouvoirs étendus et remettent ainsi le chercheur à sa place, dominé.

  • La maîtrise de la présentation de soi des bourgeois : par l’art de la conversation et le maintien du corps, le grand bourgeois contrôle l’image qu’il donne de lui-même, technologie sociale qui constitue une partie importante de son éducation et qui assure l’apparente métamorphose de qualités sociales en qualités naturelles.

  • La priorité accordée aux problèmes sociaux et donc aux catégories vivant le chômage et les difficultés de tout ordre.

  • La recherche trouve un obstacle dans la collecte des informations et des observations, étant donné que la haute société cultive la discrétion sur son mode de vie et sur ses richesses accumulées, et que l’administration protége les fortunes.

Malgré ses obstacles, travailler sur les privilégiés est nécessaire, car on ne peut comprendre la société sans en connaître les sommets.

Ce livre présente donc une lecture sociologique originale et nouvelle de la bourgeoisie.

ANALYSE DU LIVRE

QUESTIONS POSÉES PAR LES AUTEURS

  • Peut-on faire l’impasse sur les dominants, sur ceux qui tirent le plus grand profit de l’état des choses et que l’on peut supposer être intéressé au maintien du statu quo ?

  • Peut-on encore parler de bourgeoisie dans une société qui rejette la notion de classe sociale ?

  • La bourgeoisie est-elle la dernière classe sociale ?

  • La bourgeoisie est-elle menacée de disparition, comme jadis la noblesse ? Celle-ci n’a-t-elle pas fusionné avec les nouvelles élites ?

  • Peut-on encore parler de bourgeoisie face au flot grossissant des petits actionnaires ?

  • De nouvelles fortunes apparaissent et défraient la chronique. Sont-elles appelées à rejoindre la cohorte des nantis ?

  • Comment les bourgeois vivent-ils ? Et comment sont-ils organisés ?

  • Dans quelles conditions ses positions dominantes se reproduisent-elles d’une génération à l’autre ?

  • Quel rôle la constitution de lignées joue-t-elle dans la transmission de ces positions ?

  • C’est à ces questions que répond ce livre, qui synthétise les travaux scientifiques sur cet univers.

POSTULATS

  • Les années 90 voient s’affirmer la prédominance d’une idéologie libérale qui rejette la notion de classe sociale. Le marché est censé réguler l’économie et se substituer à la lutte des classes. En valorisant la concurrence et l’effort individuel ce modèle renforce l’idéologie méritocratique et va jusqu’à stigmatiser les laissés-pour-compte du développement économique, les assistés des systèmes de prévoyance et autres bénéficiaires des avantages acquis. Par conséquent, la société française de la fin du XXème siècle est une société profondément inégalitaire.

Mais une lecture sociologique de la bourgeoisie fait apparaître l’apparition d’une nouvelle bourgeoisie dès le début du XXème siècle, et qui continue à se développer.

  • La bourgeoisie est un groupe dont la position se définit par la possession des moyens de production, qui peut aller de pair avec l’exercice du pouvoir économique, en tant que PDG par exemple, mais qui peut très bien se contenter d’une attitude rentière, assortie ou non d’une activité professionnelle.

HYPOTHÈSES

  • S’il existe encore une classe, c’est bien la bourgeoisie. Elle est à peu près la seule au tournant du siècle à exister encore réellement en tant que classe, c’est-à-dire en ayant conscience de ses limites et de ses intérêts collectifs. Aucun groupe social ne présente, à ce degré, unité, conscience de soi et mobilisation.

  • Mais aujourd’hui, les bourgeois sont riches, mais d’une richesse multiforme, un alliage fait d’argent mais aussi de culture, de relations sociales et de prestige. Comme les handicaps sociaux se cumulent, les privilèges s’accumulent.

  • La constitution de lignées apparaît comme centrale dans les processus de la transmission des positions dominantes. La fusion de la noblesse et de la bourgeoisie la plus ancienne s’inscrit dans cette logique. Cette fusion va de pair avec la cohabitation dans les mêmes quartiers. Cette ségrégation produit un effet de méconnaissance par la séparation d’avec le reste de la société.

MODE DE DÉMONSTRATION

Le livre est construit de telle sorte qu’il va du plus général au plus particulier. En effet, il débute avec une définition de la richesse, qui revêt différentes formes, et de la noblesse pour ensuite apporter une définition de la bourgeoisie et donner ses caractéristiques.

Le premier chapitre apporte les éléments théoriques qui caractérisent la bourgeoisie, mais plus particulièrement la noblesse. Il s’agit de la richesse économique, sociale, culturelle et de la richesse symbolique. Puis le second chapitre, met en relation la noblesse et la bourgeoisie, avec leur fusion. Il s’agit d’une technologie sociale mise en œuvre par la bourgeoisie au XXème siècle, à savoir un rapprochement lent et raisonné de la bourgeoisie avec la noblesse. Ainsi, au fil du temps, le bourgeois a épousé le style de vie du noble. L’étiquette et les codes du savoir-vivre sont devenus pour lui aussi une seconde nature. Il s’agit donc de passer de la domination économique à la domination symbolique. Enfin les quatre autres chapitres argumentent les éléments théoriques du premier chapitre. La richesse économique se caractérise par la fortune ; la richesse sociale par la cohabitation dans les mêmes quartiers, l’internationalisation, la multiterritorialité, les rallyes, les associations diverses, la fréquentation des écoles ; la richesse culturelle par la conservation des demeures et châteaux de famille, la visite de musées… ; la richesse symbolique par le nom qui synthétise toutes les autres formes de richesse.

RESUME

Le livre est agrémenté de nombreux exemples, sondages et enquêtes sur lesquels les auteurs se basent pour démontrer leurs propos et étayer leurs analyses. Pratiquement tous les exemples ne sont pas donnés dans le résumé qui suit, étant donné qu’il serait alors trop long.

Le résumé reprend en fait le sommaire du livre

  1. Qu’est-ce que la richesse ?

1.1.Les représentations du sens commun

a. Des richesses autres que monétaires

Les représentations ordinaires, qui affirment que la richesse est réduite à sa dimension matérielle, ignorent des dimensions essentielles de la fortune, qui lui donnent son sens social et définissent l’appartenance de la bourgeoisie. Il s’agit du capital culturel et du capital social, que la fortune permet d’accumuler. Or les inégalités constituent un processus cumulatif, au terme duquel les privilèges s’accumulent à l’un des pôles de l’échelle sociale tandis qu’à l’autre pôle se multiplient les handicaps.

Pour durer et être transmise la fortune doit s’appuyer sur la famille et sur le groupe. Mais pour se constituer, elle doit aussi mettre en œuvre les solidarités et les efficacités de réseaux qui mobilisent les semblables et qui permettent de prendre conscience des intérêts vitaux de la communauté.

b. Méconnaissance des niveaux de fortune

Si la richesse est méconnue dans sa structure, elle l’est également dans son ampleur réelle, car le secret est bien gardé par l’administration fiscale, qui interdit la publication ou la diffusion des personnes assujetties à l’impôt sur la fortune.

Aujourd’hui, l’idéologie libérale a annexé la logique méritocratique : il est normal de gagner beaucoup d’argent par la réussite professionnelle, la fortune finissant par être perçue comme résultant de l’effort. On a donc une conception de la société qui a trouvé sa fin dans le triomphe du marché, ce qui est au fond marxiste ; si les classes sociales ont disparu, si la bourgeoisie et le prolétariat ne sont plus antinomiques, l’histoire est bien terminée, au moins celle qui aurait eu la lutte des classes pour ressort. Il reste que la bourgeoisie existe bien encore comme classe.

    1. La richesse est multidimensionnelle

a. la richesse économique

La concentration de la fortune est l’une des caractéristiques les plus fortes de la bourgeoisie, avec une distribution de patrimoine nettement plus inégalitaire que celle des revenus, compte tenu du processus d’accumulation.

b. La richesse sociale

Le capital social est l’ensemble des ressources actuelles ou potentielles qui sont liées à la possession d’un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisés d’inter connaissance et d’inter reconnaissance, et qui permet de décupler les pouvoirs de chacun. En effet, le groupe développe une sociabilité intense qui dépasse le seul cercle familial. Des institutions, tels que des clubs de golf, des équipages de chasse à courre, des cercles…, jouent un grand rôle dans l’accumulation et la gestion de cette forme de capital. Mis à part l’organisation de réceptions, de fêtes… les cercles mettent à la disposition de leurs membres des salons où leurs membres invitent clients et fournisseurs.

c. La richesse culturelle

Les grands bourgeois sont les principaux clients des créateurs et du marché de l’art. L’histoire de l’art et de la littérature s’apprend dans les salons familiaux. Les demeures de ces familles sont exceptionnelles au point de pouvoir devenir des musées. Les auteurs donnent des exemples d’hôtels particuliers et de châteaux légués à l’Etat et qui sont aujourd’hui des musées.

d. La compétition scolaire

L’école est aussi un domaine où excellent certaines de ces familles. Un peu par nécessité aujourd’hui : la concurrence dans le monde des affaires s’est avivée, la mondialisation des échanges et des enjeux en accroît la complexité, et l’importance croissante des marchés financiers et des risques qui lui sont inhérents demande des compétences nouvelles. Mais également car réaliser des études longues fait partie des stratégies d’insertion dans la haute société.

    1. Le capital symbolique, expression des autres formes de richesse

Le nom des vieilles familles synthétise une forme de capital qui résume toutes les autres, le capital symbolique. Ainsi, aux riches le monde social donne ce qu’il y a de plus rare, de la reconnaissance, de la considération, c’est-à-dire de la raison d’être. Or de toutes les distributions, l’une des plus inégales et sans doute la plus cruelle est la répartition du capital symbolique, c’est-à-dire de l’importance sociale et des raisons de vivre (Bourdieu).

Compte tenu des enjeux liés à l’importance des patrimoines à transmettre, la bourgeoisie a besoin, plus que toute autre classe, de rites d’institutions. La personne doit être certifiée dans son intégralité, comme membre à part entière. L’exemple des cercles est l’un des plus achevés. Avec la cooptation, il s’agit pour l’institution de garantir que les nouveaux membres ne peuvent être que d’une essence supérieure, les travaux et encore moins la richesse ne suffisant pas à assurer la cooptation ; il faut que le groupe désigne le candidat comme appartenant à la communauté. Ainsi, les auteurs donnent ensuite des exemples de personnes qui ont été acceptés ou refusés dans des cercles.

Avec la bourgeoisie, on a donc une classe qui travaille sciemment et de manière permanente à sa construction dans un processus d’agrégation des semblables et de ségrégation des dissemblables.

    1. Définir un seuil de richesse

Statisticiens et sociologues se sont beaucoup plus intéressés à la définition de seuils de pauvreté qu’à celle de seuils de richesse. D’ailleurs, on ne dispose pas d’indicateur qui permettrait de comptabiliser et d’étudier la haute société, et les organismes internationaux n’ont pas cherché à en développer, car les problèmes sociaux se situent ailleurs.

Si l’on peut parler d’un continuum dans l’échelle des revenus, il y a discontinuité lorsqu’on passe aux autres richesses. Les catégories les plus défavorisées ont des relations de sociabilité. Mais les pauvres avec les pauvres ne peuvent mettre que leur pauvreté en commun, il s’agit à la limite d’un capital social négatif. Cela facilité le travail statistique et permet même de faire l’impasse sur le capital culturel et le capital social, dont on peut penser qu’ils sont très faibles. Toutefois, quelques propositions ont été faites pour définir statistiquement le niveau auquel commencerait la fortune. Les auteurs discutent sur ces seuils de richesse, mais donnent vite leurs limites et les difficultés rencontrées.

  1. Noblesse et bourgeoisie : les enjeux du temps

    1. La noblesse, survivance sociale ?

a. Reconversions des différentes formes de capitaux

Après la Révolution, la noblesse a pu se reconvertir, devenir banquière ou industrielle. Ceux qui manquèrent cette adaptation se virent condamnés à une sorte de retraite étriquée sur leurs terres et à une lente détérioration de leur position sociale, en raison de la dégradation de la rentabilité du patrimoine foncier. La Restauration a été de ce point de vue un moment crucial.

b. Reconversion et conservation

Les rapports au domaine familial sont divers. Certaines familles sont restées rurales, traditionnelles et attachées aux valeurs aristocratiques… alors que d’autres sont devenues parisiennes et ne tirent plus leurs revenus de l’exploitation de leurs terres. Mais elles ont souvent conservé le château, la maison de famille où la mémoire de la lignée est entretenue et transmise.
Le château est emblématique de l’identité noble, car la construction de la légitimité des positions dominantes recourt volontiers aux indicateurs de durée, aux signes qui peuvent inscrire les nouveaux venus dans un temps long.

c. L’anoblissement, une consécration qui se mérite

La noblesse française est une noblesse éteinte, c’est-à-dire qu’aucun titre ou anoblissement ne peuvent plus être décernés depuis la chute du Second Empire. Pourtant, toute une partie, roturière de la haute société française se réclame de l’aristocratie et de ses valeurs. C’est que la noblesse par son inscription incomparable dans la durée offre un label irremplaçable et très envié. Les auteurs traitent ensuite du cas de la Belgique, où l’anoblissement est encore possible, en donnant des exemples. Leur conclusion est que l’anoblissement se mérite encore après avoir été accordé et que la noblesse n’est pas une survivance.

d. Permanence du prestige de la noblesse

En France, la valeur symbolique encore accordée par certains à la noblesse laisse perplexe dans la mesure où la Révolution a paru en ruiner les bases, les familles nobles seraient menacées de disparition. Il est possible que leur raréfaction, et celle corrélative des personnes titrées, leur ait redonné quelque prestige. Aujourd’hui, la bourgeoisie ne paraît pas insensible aux charmes de la noblesse puisque les mariages mixtes entre ces deux groupes sont fréquents. En mettant en avant les noms emblématiques de l’aristocratie, la bourgeoisie sait utiliser une partie du capital symbolique véhiculé par un grand nom.

L’exemple de la noblesse russe émigrée en 1917, peut montrer à quel point le prestige de l’aristocratie peut résister à des bouleversements sociaux radicaux. Cette noblesse a pu être « sauvée » grâce au capital cosmopolite, où la haute société est chez elle à l’étranger.

Ainsi, l’un des privilèges des classes dominantes serait de pouvoir se jouer des atteintes du temps et des vicissitudes historiques comme si l’excellence ne pouvait jamais être frappée d’obsolescence. En effet, plus le temps de la lignée passe, plus le temps de cette lignée s’inscrit dans la longue durée et donc se valorise. Le temps en principe ne s’achète pas, et pourtant, les Anglais ont réussi à en vendre, et par là à créer un marché de la légitimité, avec la Manorial Society, spécialisée dans la vente de titres nobiliaires. Mais cette vente vaut la disqualification de l’acheteur. A l’opposé, la technologie sociale mis en oeuvre par la bourgeoisie française au XXème siècle, à savoir un rapprochement lent et raisonné avec la noblesse, paraît être d’une plus grande efficacité.

    1. Noblesse et bourgeoisie : une véritable confrérie

a. Les « quartiers » de bourgeoisie

En créant à son tour des dynasties, la haute bourgeoisie contribue à maintenir, à son profit, la croyance dans la qualité spécifique de la noblesse. En s’appuyant ainsi sur le temps et la durée pour légitimer ses privilèges, la haute bourgeoisie se fond dans une nouvelle noblesse, où la possession des différentes formes de capitaux étant le critère essentiel de l’appartenance. L’excellence se mesurerait donc à l’ancienneté, à cette accumulation des générations qui, par définition, ne peut s’improviser dans la courte durée.

En France, la seule richesse économique est valorisée avec circonspection lorsqu’elle n’est pas transfigurée par la présence d’autres formes de capitaux. La situation est différente aux Etats-Unis où l’argent peut s’afficher sans complexe. La suspicion dont pâtit la richesse économique et financière en France tient, pour une part, à l’existence de la noblesse qui a eu le temps de transfigurer la signification sociale de la puissance et de la richesse, et d’autre part à l’existence d’une tradition socialiste peu développée aux Etats-Unis.

Il s’agit de faire admettre que les dominants doivent d’abord à leurs qualités personnelles leurs privilèges et que ceux-ci sont donc naturellement mérités. Pour cela un travail sur la personne elle-même, sur son apparence physique, sur le maintien du corps, est nécessaire et fait partie des bases d’une bonne éducation. Le patrimoine de jouissance contribue au travail de légitimation de la fortune et participe aussi à sa transmission par la formation des dispositions de l’héritier apte à hériter. C’est tout cela que se construit le bourgeois, soucieux de transmettre et de durer à travers la création d’une dynastie. Les nouvelles dynasties bourgeoises, nées dans l’industrie et dans la banque, à travers leurs quartiers de bourgeoisie attestent d’une ancienneté relative, qui devient rapidement suffisante. Il s’agit donc de passer de la domination économique à la domination symbolique.

b. Les ruses de l’endogamie

Le mariage dans la bourgeoisie met en relation deux familles et au delà leurs réseaux d’alliances. Pour réussir ces alliances, il fait appel à des technologies sociales spécifiques, tels que les séjours aux châteaux, les rallyes…Ces mariages présentent l’avantage de maintenir le patrimoine et les fortunes à l’intérieur du groupe, et de limiter l’érosion des fortunes due à leur division lors des successions.

c. Nuances

Il existe toutefois des exceptions à cette fusion entre bourgeoisie et noblesse, comme c’est le cas de la bourgeoisie allemande, qui s’explique par leur déficit d’identité. Ce qui est tout à fait différent du cas français où la société de cours a eu un rôle assimilateur. D’autre part, la noblesse d’Empire a joué un rôle dans la fusion des élites au XIXème siècle, avec Napoléon qui a cherché par l’anoblissement à produire une élite.

d. Familles, réseaux et répertoires

Les techniques sociales utilisées dans la connaissance des réseaux consistent dans la maîtrise des arbres généalogiques, mais également dans celle des listes et des annuaires. En effet, ces derniers produisent un effet de groupe et constituent par là un indicateur de plus pour démontrer que ces familles sont mobilisées, conscientes de leur appartenance à un ensemble dont elles ne cessent de définir et de repérer les contours.

e. Le code de bonne conduite d’un groupe très conscient de lui-même

Les grandes familles de la bourgeoisie et de la noblesse ont non seulement conscience des limites de leur milieu, mais elles sont également très au fait de la place et de la position des uns et des autres à l’intérieur même du groupe.

L’étiquette en action s’est constituée dans la société de cour, puis elle a été utilisée comme une arme par la noblesse sur le déclin face à la bourgeoisie montante du XIXème siècle. Puis, au fil du temps, il a épousé le style de vie du noble. L’étiquette et les codes du savoir-vivre sont devenus pour lui aussi une seconde nature.

f. Temps et pouvoir

Complices dans le partage des richesses et celui du pouvoir, la haute société se doit de gérer en commun leur pouvoir sur le temps. Car la fortune donne aussi du pouvoir sur ce qui échappe à l’homme ordinaire, tel que fonder une dynastie…

A partir de là, les auteurs vont plus ou moins confondre noblesse et bourgeoisie, leur fusion s’étant réalisée dans ce que l’auteur appelle la « Haute Société ».

  1. Les espaces de la bourgeoisie

Regroupées dans quelques quartiers bien délimités des villes, les bourgeois y cultivent un entre soi qui n’est possible que parce que le pouvoir social est aussi un pouvoir sur l’espace. Cet entre soi géographique assure d’abord et avant tout le plaisir d’être en compagnie de ses semblables. Mais il constitue aussi un élément des stratégies mises en œuvre pour assurer la reproduction des positions dominantes, avec le contrôle sur les relations des enfants. Il permet enfin la mise en commun des richesses accumulées. La proximité spatiale facilite donc le développement du capital social.

    1. Les beaux quartiers des grandes cités

Les quartiers résidentiels de la haute société sont toujours des quartiers neufs, construits par elle et pour elle-même, mais qui sont aujourd’hui parfois de vieux quartiers. Les auteurs appellent ces quartiers la griffe spatiale.

a. La griffe spatiale

Les beaux quartiers attisent la convoitise des affaires, des sièges sociaux des grandes sociétés, des ambassades et des commerces de luxe, à la recherche de localisations dignes de l’image qu’ils entendent donner d’eux-mêmes. Les auteurs agrémentent cela par des exemples dans la capitale parisienne. Cela ne va sans quelques difficultés pour les familles de la haute société qui voient leurs quartiers changer, entraînant donc leur désertification. Les auteurs démontrent cela avec l’exode vers l’Ouest parisien et le cas de Marseille.

Les auteurs poursuivent en donnant des exemples sur ce qui se passe à l’étranger.

b. La géographie sociale des beaux quartiers

La concentration sur un espace restreint des familles les plus fortunées produit une homogénéité idéologique qui se lit dans les résultats électoraux ; en effet, il y a une corrélation nette entre le vote conservateur et le taux d’ « embourgeoisement » des circonscriptions.

    1. Les lotissements chics

Les barrières de l’entre soi peuvent être symboliques ou matérielles. La violence symbolique suffit à dresser une frontière infranchissable. Mais il est d’autres cas de figure où la grande bourgeoisie choisit de se murer soit à l’intérieur des beaux quartiers, dans des villas et hameaux totalement privés, dont l’entrée est sévèrement gardée, soit dans des lotissements clôturés de stations balnéaires. Il est encore une situation intermédiaire où les grands bourgeois vivent dans de vastes lotissements.

Dans tous les pays du monde, les riches vivent à l’écart préservé des autres classes. Des exemples dans des pays pauvres sont donnés par les auteurs (Maroc, Mexique, Brésil…), où les bourgeois vivent dans les hauteurs des villes. Dans ces pays, le souci et le goût de l’entre soi sont redoublés par un besoin de sécurité.

Ainsi, lorsque ses intérêts, à la fois familiaux et économiques sont en jeu, la bourgeoisie n’hésite pas à casser la logique du marché à son profit.

3.3. Les lieux de villégiature

Parce qu’elle avait les moyens, la bourgeoisie s’est constamment appliquée à reproduire sa vie sociale dans les différents espaces qu’elle a pu investir, tels que les stations balnéaires, les stations de sports d’hiver et les stations thermales.

    1. La multiterritorialité

La multiterritorialité, apparaît systématique et caractéristique du mode de vie des grands bourgeois. Ces territoires multiples sont révélateurs d’une double insertion dans la société : dans la profondeur d’une mémoire familiale et dans la modernité d’une vie mondaine parisienne. Le pouvoir social se manifeste ainsi sur l’espace.

  1. Une classe internationale

La multiterritorialité de la grande bourgeoisie revêt une dimension internationale. Par conséquent, personne n’est mieux préparé que la grande bourgeoisie à l’internationalisation de la vie des affaires.

  1. L’internationalisation croissante des affaires

L’accumulation capitaliste va de pair avec une internationalisation des affaires et des réseaux. Cela a suivi le cosmopolitisme bourgeois qui a d’abord comme principe celui des affaires. En effet, une société capitaliste qui prospère reproduit ainsi la propension du capitalisme triomphant à étendre la mondialisation, à asseoir sa puissance sur l’internationalisation de ses intérêts. Les auteurs apportent un exemple avec Pierre Bellon qui a fondé la Sodexho en 1966 et qui est aujourd’hui une importante société internationale. Un autre exemple est celui de la famille Halley avec la société Promodès qui vient de fusionne avec le groupe Carrefour…

Le pouvoir suppose la centralisation, mais aussi l’extension internationale des réseaux et du contrôle économique. Cela se vit au quotidien de multiples façons.

  1. Un mode de vie international

a. L’habitus cosmopolite

La personnalité des enfants de la grande bourgeoisie est constituée dans un système éducatif qui privilégie une insertion internationale, par l’apprentissage de langues étrangères, le recours à des nurses étrangères et l’inscription dans des grands collèges internationaux. Les jeunes acquièrent un capital social précieux de relations internationales. Le milieu familial vient d’ailleurs amplifier cette culture cosmopolite par les réceptions où la présence d’invités étrangers va toujours de soi, par les voyages et les séjours dans des familles amies, par la fréquentation de pays étrangers à travers les activités mondaines et les manifestations culturelles.

b. Les réseaux internationaux

Les activités sportives, comme les activités caritatives, et les grandes manifestations, sont le support d’échanges intenses entre les familles dispersées aux quatre coins du monde.

c. L’anglomanie française

Les grandes familles marquent depuis longtemps une préférence pour la langue anglaise. L’anglomanie, qui influence la haute société française dès le XIXème siècle, est peut être en perte de vitesse au bénéfice des Etats-Unis.

Les raisons de cette anglomanie sont d’ordre très divers. Tout d’abord, nombre de nobles français en fuite au moment de la Révolution de 1789, ont trouvé refuge dans la vieille Angleterre. De plus, l’aristocratie anglaise est demeurée vivante.

d. Des lieux de villégiature internationaux

Même à l’étranger, le souci de la recherche de la compagnie de gens qui vous ressemblent est constant. Aussi la bourgeoisie internationale s’est-elle dotée de lieux de séjours, qui sont aussi un instrument de gestion et d’accumulation du capital social international.

  1. Fabrication et entretien du grand bourgeois

La combinaison des différentes formes de capitaux qui définit la richesse doit être transmise de génération en génération pour assurer le maintien des familles bourgeoises à leur niveau social. Cela suppose un contrôle efficace de l’éducation des futurs héritiers, mais également l’entretien en parfait état du bourgeois par des techniques éducatives spécifiques.

  1. L’enfance des chefs

a. La famille

Dans la noblesse et la grande bourgeoisie françaises, la famille est au cœur du dispositif de la reproduction sociale. Le riche héritier est redevable de ses choix et de ses actes devant la famille. Transmettre le patrimoine, en l’enrichissant si possible, tel est son devoir.

Toute éducation recourt à des formes explicites et implicites d’apprentissages et d’inculcation. Le capital culturel se transmet à la fois de façon implicite par la décoration et le mobilier des demeures, et de manière explicite dans un effort constant pour éduquer les goûts et développer les connaissances. Par la même occasion, c’est la place occupée dans la société qui est intériorisée en même temps que ce rapport à l’espace.

b. Les écoles de la bourgeoisie

Les écoles, comme deuxième instance de socialisation, transmettent les savoirs indispensables à la réussite aux examens nationaux, mais assurent aussi une éducation des esprits et des corps.

Les établissements privés sont souvent à vocation internationale et assurent toujours une éducation totale. Les méthodes pédagogiques y sont fondées sur une responsabilisation des jeunes, telle que l’autogestion, y est souvent préférée à l’autoritarisme sans principe. Ces établissements mettent l’accent sur les pratiques sportives et les voyages collectifs.

Tout se passe comme si, au fond, cette délégation des familles n’était que l’expression de la confiance profonde que le milieu a en lui-même. Mais, l’entre soi réalisé au niveau des élèves doit aussi exister parfois au niveau des enseignants, car s’ils n’ont pas cette complicité sociologique avec la grande bourgeoisie, ils se retrouvent alors pris dans des rapports de domination.

c. Les rallyes

Les rallyes participent à la socialisation des jeunes. Son but est de faire en sorte que les jeunes ne ruinent pas un avenir brillant par une mésalliance qui viendrait rompre le fil de la dynastie.

  1. La sociabilité mondaine

Dans la haute société, on se rend immédiatement compte à quel point l’individu y dépend de l’opinion des autres membres de cette société. Il faut que les autres le considèrent comme un des leurs. La richesse économique et le capital culturel ne sont pas suffisants pour permettre l’accès à la haute société. En revanche, le capital social et la synthèse symbolique des différentes formes de capitaux passent par un travail de représentation. Les codes et les rituels, ont pour effet de dire qui est qui et de confondre l’intrus.

d. La place de la femme

Les femmes, lorsqu’une profession est exercée, est le plus souvent un « job » qui s’appuie fréquemment sur le capital social possédé. La femme doit consacrer du temps à l’éducation de ses enfants et à la gestion du capital social familial. Ce sont les mères qui assument la responsabilité des rallyes, et qui gèrent les dîners et les réceptions. Ainsi, dans la haute société la femme semble bénéficier d’un statut qui n’est pas aussi dominé que dans d’autres couches de la société.

e. Les sports

En milieu grand bourgeois, le sport est le plus souvent mondain, c’est-à-dire collectif et partagé avec d’autres membres du groupe, dans une convivialité qui renforce de manière efficace les liens sociaux.

f. Le poids de la religion

Quel que soit l’appartenance professionnelle, le niveau de la pratique est élevé.

Les bourgeois trouvent dans les manifestations à but non lucratif, une légitimation aux revenus et aux richesses accumulées.

Il existe à la fois des réseaux spécifiques et une endogamie assez marquée pour chacune des trois confessions. Les cloisonnements religieux ne sont pas, ou ne sont plus, rigoureux. Mais c’est socialement que s’établissent les clivages et les antagonismes : la grande bourgeoisie fonde son unité et son identité sur sa position dans l’espace social et l’ancienneté de cette position, et non pas sur la religion.

g. Fracture entre anciens et nouveaux riches

Trop centrés sur l’accumulation du seul capital économique, les nouveaux entrepreneurs n’ont pas encore admis pour eux-mêmes l’importance des enjeux sociaux hors du champs des affaires. En revanche, les nouveaux patrons à l’esprit dynastique, généralement issus de familles de petits entrepreneurs, qui ont déjà pris les dispositions juridiques économiques et fiscales pour transmettre leur entreprise à leurs enfants, ont conscience de l’intérêt du système des relations sociales.

Cette division au sein de la bourgeoisie, entre anciens et nouveaux, n’empêche pas de se fréquenter, voire de se marier. Mais au dedans d’elle-même toute classe est égalitaire, car l’égalité dans la classe est condition de la supériorité de la classe.

6. Une classe mobilisée

Fondée sur la richesse matérielle, la bourgeoisie atteint le statut de classe pleine et entière par cet effort constant pour se réaliser en tant que groupe social.

  1. Individualisme et collectivisme

a. Individualisme théorique et collectivisme pratique dans la bourgeoisie.

Tout en manifestant un collectivisme pratique, avec la mobilisation du groupe dans la recherche constante des meilleures conditions pour satisfaire les exigences de la gestion et de la transmission des fortunes, l’idéologie mise en avant est celle de l’individualisme. Parce qu’il s’agit de la classe dominante, la pratique peut se passer de théorie : la proclamation de l’existence de la classe serait inutile, l’idéologie libérale étant le meilleur discours auto justificatif qui puisse tenir la classe mobilisée.

b. Les classes moyennes : triomphe de l’individualisme

Avec les classes moyennes traditionnelles on se retrouve dans un autre cas de figure où triomphent à la fois l’individualisme théorique et pratique. En niant les groupes et les déterminismes, en affirmant le primat de la liberté individuelle, la petite bourgeoisie se situe aux antipodes d’une grande bourgeoisie.

Mais quelque soit la bourgeoisie, l’idée de la réalisation de soi est toujours présente : il s’agit d’un individualisme positif.

c. L’individualisme négatif des classes populaires

A l’opposé des deux premières « classes », les classes populaires vivent un individualisme négatif. Ses « membres » sont complètements individualisés et surexposés par le manque d’attaches et de supports par rapport au travail, à la transmission familiale, à la possibilité de se construire un avenir. L’absence du collectif est ici aussi une absence de la possibilité de vivre ensemble.

  1. La bourgeoisie comme réalité et comme représentation : les deux dimensions de la sociologie des classes sociales

Les auteurs retiennent deux notions, celle de classe en soi et celle de classe pour soi. Dans l’approche des classes sociales, il semble nécessaire de différencier deux dimensions, complémentaires et partiellement indépendantes, l’exploitation et la domination. La première renvoie à la classe en soi. Elle existe quelle que soit la conscience qu’en ont les agents en fonction de leur place dans les rapports de production. La seconde est un rapport qui passe par les consciences, par les perceptions et les représentations et par une forme de capital spécifique, le capital symbolique. Le marxisme, s’il a surtout développé les analyses de l’exploitation, s’est aussi posé le problème de la conscience de classe à travers le processus de mobilisation et de lutte. La domination du capital a créé à cette masse des intérêts communs. Cette masse est donc déjà une classe vis-à-vis du capital mais pas encore pour elle-même. Dans la lutte, cette masse se réunit, elle se constitue en classe pour elle-même, les intérêts qu’elle défend devenant des intérêts de classe. Max Weber, puis Pierre Bourdieu ont considérablement enrichi cette conception marxiste de la prise de conscience, tout en se démarquant de cette formulation. Leur théorisation des rapports de domination autorise une introduction de l’agent social dans l’analyse des rapports sociaux, et donc une mise en évidence du vécu dans le rapport à la classe. Pour Weber, les classes existent en fonction de leur plus ou moins grande possibilité d’accéder aux biens sur le marché.

  1. La classe bourgeoise aujourd’hui

Selon les auteurs, le recul théorique et pratique du marxisme conduit à un recul de la classe ouvrière comme classe pour soi. Ce recul explique peut être en partie qu’en retour la bourgeoisie se sente autorisée à s’affirmer plus ouvertement comme classe. La bourgeoisie s’affirme bien comme un groupe conscient de lui-même, de ses intérêts essentiels et de ses solidarités fondamentales. Mais tout est fait aujourd’hui pour occulter les intérêts attachés à tel ou tel patronyme au bénéfice d’organigrammes abstraits qui laissent penser à une diffusion sans principe et sans limites de la propriété du capital.

La bourgeoisie est bien toujours là, fidèle à la position, dominante. Classe en soi et classe pour soi, elle est la seule aujourd’hui à prendre ce caractère qui fait la classe réelle, à savoir d’être mobilisée. Elle n’existe certes que dans sa relation aux autres classes. Mais dans cette relation, le rapport économique est essentiel et c’est lui qui définit principalement les positions des uns et des autres. Dominante, la bourgeoisie est aussi la classe dont les ressources et la richesse proviennent de l’exploitation du travail des autres classes. En cela, le rapport social qui la fonde en fait d’abord une classe en soi qui n’a pas à s’appréhender comme telle pour exister réellement.

COMMENTAIRES CONCLUSION

Ce livre décrit donc l’apparition et les caractéristiques d’une nouvelle bourgeoisie apparut au XXème siècle. Il s’agit de nouveaux « riches », et de nobles qui ont su s’adapter. Cette bourgeoisie a pris les caractéristiques de la noblesse « éteinte ». Ceci dit, on remarque surtout en France, que la richesse ne reste pas seulement économique. Pour s’inscrire dans la durée, transmettre et accumuler, il faut que la richesse économique s’accompagne d’autres formes de richesses. L’argent n’est que la condition primitive, nécessaire mais non suffisante pour accéder à cette haute société internationale dont on parle. On peut dire que la grande différence avec l’ancienne aristocratie tient dans le fait que les enfants de ces nouveaux bourgeois sont obligés de faire de longues études, afin de réussir professionnellement.

Mais ce qui caractérise tout autant la bourgeoisie, c’est que, plus que toute autre classe, elle possède une haute conscience de ses intérêts et manifeste une intense mobilisation visant à en assurer la réalisation et, à travers elle, la perpétuation de sa situation dominante.

Les deux sociologues montrent notamment comment la haute bourgeoisie, derrière une idéologie de la concurrence, met des barrières entre elle et le reste de la société. De plus, on peut voir comme un mimétisme des « membres » de cette « classe ».

Alors que la sociologie française est toute tournée vers l’étude de l’exclusion, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot continuent, très isolés, leur travail sur la haute société. Cet ouvrage et tout le travail des auteurs rappelleront aux sociologues la nécessité qu’il y a, pour ceux qui prétendent vouloir comprendre le fonctionnement de la société, de tourner leur regard vers le sommet de celle-ci. Ainsi, l’intérêt de cet ouvrage dépasse largement la seule bourgeoisie, car il éclaire ses liens avec l’ensemble de la société.

Cet ouvrage présente donc une étude intéressante sur la bourgeoisie. Il s’avère à la fois rigoureux, passionnant et abondamment documenté ; et on se délectera des anecdotes savoureuses que les auteurs y distillent au fil des pages pour illustrer leur propos.

CRITIQUES

Toutefois, je trouve que les auteurs ont oublié de parler de certains éléments importants. Tout d’abord, les auteurs ne parlent que très peu des relations entre la bourgeoisie et les autres classes, si ce n’est à la fin de l’ouvrage et de façon très théorique. Il manque des exemples, des cas concrets, et des sondages sur les rapports entre la bourgeoisie et le « peuple ». De plus, il n’est pas du tout fait question de la fascination du « peuple » pour la haute société, alors que les journaux et les magazines sur ce sujet ne font que croître.

Ensuite les auteurs n’abordent pas du tout les relations de la bourgeoisie avec le pouvoir et la politique, comme si les bourgeois n’étaient pas du tout tenter par les reines du pouvoir.

Cette synthèse ne parle également pas du rapport de la bourgeoisie avec les syndicats, étant donné que les bourgeois ont en général un pouvoir économique élevé.

Enfin, les auteurs n’ont pas parlé de la corruption dans le monde de la bourgeoisie.

Par conséquent, on peut dire que les auteurs nous présentent la bourgeoisie comme un monde aseptisé, que rien ne peut déstabiliser.

ACTUALITÉS

  • Lorsqu’on se promène dans les quartiers « riches » de Paris, tel que le 16ème arrondissement, on ressent une certaine similitude entre les habitants : même façon de s’habiller, de parler, de se tenir debout, de marcher… ces habitants sont bien sûr différents, mais on sent qu’ils appartiennent à la même « classe ». De plus, on ne rencontrera pas ses personnes dans n’importe quel endroit ; il est donc rare que l’on se retrouve souvent avec eux…Enfin, on voit de façon nette que ces quartiers sont mieux entretenus, plus propres, plus beaux que les autres quartiers.

Mais tout cela est un peu l’aspect extérieur des choses. Lorsqu’on regarde de plus près la bourgeoisie, on se rend compte de plusieurs éléments que l’ouvrage analyse. Tout d’abord, la fusion entre la bourgeoisie et la noblesse a bien été réalisée. Il suffit pour cela de voir les magazines, comme Point de vue ou Gala, où l’on parle aussi bien de bourgeois que de personnes avec des noms nobles, comme s’il s’agit de la même « classe ». D’ailleurs, le « peuple » mélange bien les bourgeois avec les nobles.

Mais la bourgeoisie continue de s’approprier les éléments caractéristiques de la noblesse. Regardez François Pinault. Il a appelé son fils aîné François-Henri pour l’inscrire dans sa suite. Ensuite, il a acquis un château, La Mormaire, une collection d’art importante… S’il n’y a pas de pépins, cette famille comptera parmi les grandes familles de demain et dès la prochaine génération on la verra déjà comme une vieille famille d’anciens riches.

  • L’on peut voir que les enfants de cette bourgeoisie comme de la noblesse, s’engagent dans des études longues. Fréquentant une université dans un quartier « bourgeois » de Paris, j’ai pu remarquer le nombre important d’étudiants avec un nom bourgeois ou appartenant à la bourgeoisie.

  • Il existe aujourd’hui une fascination pour les personnes riches et les gens célèbres. Cela s’explique par le fait que c’est une part de rêve qui est offerte à tous à travers des magazines ou à travers les visite des châteaux. Ces fêtes, ces événements où la haute société se donne à voir au peuple, comme lors du grand prix de Diane par exemple, avec tous ces très beaux vêtements, permettent au « peuple » de vivre une vie de riche par procuration.

La grande bourgeoisie, qu’elle s’apparente à la noblesse ou vienne du monde des affaires, après avoir été longtemps méprisée ou décriée, semble aujourd’hui à la fois omniprésente et toute puissante : il n’est pas un journal, pas un magazine qui ne participe, même involontairement, à sa célébration. Et pourtant, naturellement discrète, elle reste souvent mystérieuse, quand elle n’est pas inaccessible.

Sociologie des classes moyennes, Serge Bosc, 2008

Sociologie des classes moyennes, Serge Bosc, 2008

Introduction

Les classes moyennes sont des milieux sociaux très variés, selon le point de vue des médias, des politiques, ou de l Etat. Ceux ci forgent des représentations sociales. Ainsi, les professions intermédiaires, petits indépendants, mais aussi cadres supérieurs, ouvriers et employés se classent dedans. Attention, ces représentations subjectives font aussi partie de la réalité. Aujourd’hui il existe un débat sociologique non sur l’existence de classes moyennes, mais sur comment les représenter? Classe à part entière, ou bien dans une stratification graduelle.

Les critères des c.m sont : sentiment d’appartenance, interactions entre ces membres, dispositions communes.

Les classes moyennes sont-elles en crise? Quelles recompositions sont à l’oeuvre en leur sein?

I De la classe moyenne aux classes moyennes

1/ Des évolutions sémantiques considérables

Aristote évoque la classe moyenne comme celle de la douce aisance à l’inverse des extrêmes. A l’époque, figure du bon gouvernement.

2/ La classe moyenne : de la bourgeoisie à la petite bourgeoisie

La 1e c.m est la bourgeoisie encore surplombée de l’aristocratie. Ref K. Marx, Tocq 1789-> 1830 où victoire de la bourgeoisie. Ensuite, c’est la petite bourgeoisie qui devient l’incarnation des c.m. Guizot, Marx (petits commerçants, artisans)

3/ Le 1e développement d’un salariat non manuel

Le développement de l’État social engendre une hausse des ouvriers non manuels

4/ L’émergence des cols blancs dans les sciences sociales

Problème sociologique: quelle place a les cols blancs dans la structure de classe? Nombreuses études notent des différences entre cols blancs et l=bleus. Ils ont des taches immatériels, de l’autonomie, des aspirations sociales, des consommations différentes. (Halwachs). Schmoller distinguera la c.m supérieure (haut fonctionnaire, intellectuel) et inférieur (fonctionnaire employé)

II Les classes moyennes contemporaines : essor et mutations

1/ Les dynamiques socioéconomiques et « politiques »

La concentration agricole a aboutit à une baisse du nombre d’agriculteurs. Les indépendants ont reculé, les actifs sont de plus en plus des salariés. Ils sont le plus souvent non manuels appartenant au tertiaire. D’une part, ce secteur progresse avec le développement des administrations publiques et de la bureaucratie. D’autre part, la division du travail et la technicisation se développe. En fin de compte, le nombre des personnels d’encadrement augmente.

2/ L’éventail contemporain des classes moyennes

Des clivages imPortants au sein des catégories salariées

* verticale : cadre, PI, employés, qualifications différenciées

* statutaire : privé, public. Des représentations différentes en découlent, exm vote.

* technicien/gestionnaire

* différences de monde: enseignant, médias, santé…

Comment délimiter les classes moyennes?

Deux classifications:

* restrictive, Bourdieu, Maurin. C.M = PI, classes sup où intellec et cadres

* extensive c.m= cadres, PI, ouvriers plus qualifiés, employés

3/ Déplacement du centre de gravité

La société salariale est plus propice aux c.m. Ces nouvelles c.m incarnent-elles la modernité?

III Les catégories indépendantes

1/ Les agriculteurs, partie prenante des classes moyennes

La révolution agricole a provoqué le passage de la logique paysanne à celle de la rationalité économique. Mendras observe cette moyennisation de leurs modes de vie.

2/ Des commerçants traditionnels aux prestataires de services

Déclin du petit commerce et développement des nouveaux commerçants, des grandes surfaces. Les clients sont plus jeunes avec de nouvelles habitudes culturelles. Les tenanciers ne sont plus des héritiers mais des anciens salariés. Baisse de la reproduction sociale. Essor des prestataires de services et des libéraux intermédiaires dans les domaines de l’immobilier, de la santé, du paramédical. Le niveau de formation est plus élevé que les autres membres des c.m. Compétences techniques propres et éloignement culturel / indépendants traditionnels.

3/ L’artisanat, la plus populaire des classes moyennes

Groupe très hétérogène, entre l’artisanat de production, commercial ou de services. Mobilité sociale forte avec les ouvriers qualifiés, puisque homogénéité sociale. Nombreux artisans sont des ex salariés du corps de métier. Forte identité dans le bâtiment, l’industrie alors que chez les ouvriers, artisans d’art sentiment d’appartenir aux nouvelles classes moyennes.

4/ Les chefs d’entreprise, une catégorie en deux pôles

Groupe hétérogène, selon le degré d’autonomie du chef d’entreprise, selon le nombre de salariés.

5/ Les indépendants et la scène politique

Ils sont auj majoritairement de droite, pourtant pendant la 2e république ils furent proches des socialistes. Le développement de l’État social, du syndicalisme et de la fiscalité a engendré un déplacement à droite. Sur-représentation des indépendants et ouvriers dans le vote FN.

IV Les salariés intermédiaires du public et du privé

Tout comme les indépendants, ces salariés débordent par le haut et par le bas des c.m.

4.2 Les cadres, entre c.m et supérieures

Boltanski, dans les 50’s, ils étaient considérés dans la classe supérieure. Professionnalisme, progression salariale, même morale /entrepreneurs, donc même communauté. Bouffartigue.

Les transformations professionnelles du groupe

Hausse de leur nombre, féminisation, entraînant une banalisation. Nombre postes d’expertise sous l’égide d’une hierarchie.

Héritiers et ascendants

Nombre cadres sont des héritiers, même si mobilité sociale progresse. Cette catégorie se situe à la frontière entre les c.m et celle supérieure. Elle est avantagée mais sans pouvoir décisif. Ambivalence confortée dans les enquêtes : 42% se perçoivent c.m, 35% c.supérieure.

4.3 Les employés entre classes populaires et classes moyennes.

Chenu, les employés sont dans un processus permanent de déqualification/requalification où ils sont très souvent polyvalent. Polarisation croissante au sein du groupe. Les employés administratifs sont proches des classes populaires tandis que ceux du commerce plus proche des c.m. Malgré que le néotaylorisme soit important chez les caissières et les vendeuses. Les foyers sont très souvent divisés puisque la majorité des métiers dans les c.m sont féminisés. 60% des femmes du privé c.m ont un conjoint ouvrier. Ces femmes sont souvent aussi exposées à la précarité et au chômage. Leur sentiment d’appartenir à tel ou tel classe dépend aussi de leurs activités. Par exm, les employés du commerce sont plus nombreuses à répondre classes pop contrairement aux employés administratifs qui répondent c.m. Les PI sont très hétérogène d’un point de vue culturel, politique et de l’identité pro. Leurs points communs sont : surqualification, + féminisation

4.4 Figures du salariat intermédiaire

Les enseignants du secondaire : un groupe à la fois différencié et unifié.

Ils appartiennent à la c.m car ils n’encadrent pas des adultes, ils appliquent des directives et sont contrôlés. Toutefois, forte autonomie et capital culturel important. Recrutement diversifié: 44% des cadres ou PI, 33% des classes pop.

Évolution pro importante, où érosion de l’autorité professorale savante, car offre culturelle hors système se développe. Mais groupe unifié par un même employeur, intégration des principes de services publics.

Les infirmières : de l’apostolat à la compétence sous tutelle.

Demande d’autonomie et de reconnaissance contre l’église, puis les institutions. Trois lignes hiérarchiques les soumettent: * corps médical * surveillantes * l’administration

Toutefois, elles ne sont pas en bas de la hiérarchie. La division sexuelle des rôles médicaux s’atténue.

Les techniciens, encore une voie de promotion ouvrière

Interface entre les ouvriers et les ingénieurs. Progression du corps de métier malgré la désindustrialisatiuon. Métiers masculins, développement de nombreuses filières. Net vote à gauche, promotion en interne de nombreux ouvriers.

Les administratifs et commerciaux intermédiaires : un monde délaissé par les sciences sociales.

Représentent 30% des PI. Banalisation du statut et routinisation du travail. C

V Problèmatisations et controverses

5.1Les ingénieurs et techniciens font naitre une c.m

5.2 Une petite bourgeoisie fractionnée entre les classes fondamentales

Baudelot, Poulanzas, il existe 3 fractions :

* petite bourgeoisie commerçante de biens et services

* petite bourgeoisie d’encadrement du système capitaliste

* petite bourgeoisie de compromis d’Etat

5.3 Pierre Bourdieu, l’anatomie des dispositions petites bourgeoises, la distinction

Un espace social polarisé

Il se décompose en 2 axes : vertical (capital global), horizontal (les origines du capital)

5.4 Les nouvelles couches moyennes et leurs affirmations identitaires

Grumberg Schweisguth s’oppose à P.Bourdieu, car il néglige les effets de génération. Les salariés moyens peuvent contester le pouvoir, ils affirment un désir d’autonomie, et un libéralisme culturel = Rapprochement / Bourdieu

Des « noyaux » innovateurs, Mendras

Les petits cadres, gestionnaires dans le commerce, la santé, les associations ont un rôle original dans cette constellation sociale.

Nouveaux mouvements sociaux et nouvelles formes de contestation

Inglehart, nouveaux acteurs qui innovent par leurs luttes : mode d’action, valeurs post-matérialistes (écologie, épanouissement…)

    1. Les avatars du diagnostic de la moyennisation

Collectif Dirn affirme qu’il y a une homogénéisation. Attention, c’est moins un nivellement qu’une centration progressive de la société sur les classes moyennes, car elles représentent l’élément le plus dynamique.

Une moyennisation socioéconomique vite infirmée

Mouvement centrifuge, car le chômage de masse et la précarité provoque un renouveau des inégalités et une crise sociale.

Homogénéisation culturelle problématique

Certes, on observe un desenclavement des expériences de vie, mais Terrail parle plutôt de modernisation où des traits cultures propres à chaque groupe persistent. L’habitus joue encore à plein selon les univers professionnels. Donc on ne peut pas parler de moyennisation culturelle.

VI Crise ou recomposition des classes moyennes

6.1 Destabilisations

Une fragilisation des statuts d’emploi

Dans toutes les classes , le taux de chômage est significatif. Le CDD et la précarité deviennent les passage obligé pour stabiliser son emploi ensuite même dans l’administration.

Un déclassement professionnel et générationnel

Décalage entre le diplôme et l’emploi. La nouvelle cohorte occupe des emplois classés comme inférieur auparavant. Pourquoi ? Hausse du nombre de diplômés par rapport au nombre d’emplois qualifiés créés. Chauvel nomme ce phénomène le déclassement générationnel. Ce phénomène est particulièrement marquant pour les enfants des PI. Ce déclassement nuit aux personnes ayant moins de capital culturel et non ceux qui disposent d’un capital économiques à même de faire des investissements scolaires plus rentables.

Des mondes professionnels sous tension. Exemple chez les enseignants, les infirmières où les conditions de travail se dégradent.

Des évolutions de revenus défavorables pour le noyau central.

    1. Une crise généralisée

Une tendance à la stagnation des couches moyennes ?

Non, de 19 à 23% des actifs, soit 1,5 millions.

Un déclassement touchant en priorité les classes moyennes ?

Non, en 1e les classes populaires. La mobilité sociale ascendante est encore courante chez les cadres. Cette peur du déclassement s’est ressentie pendant le mouvement contre le CPE.

Coup d’arrêt ou brouillage de label ?

La crise sociale débutée dans les années 80, a mis fin aux aspirations populaires. Arrêt.

Il y a eu un alignement des frustrations de la c.m inférieure sur celles populaires. Tandis que celles supérieures alignent les leurs sur celles dominantes (exonérations fiscales…)

    1. L’inscription dans l’espace urbain : sécession ou mixité sociale ?

La crise a t-elle engendrée une logique de ségrégation ?

Donzelot, affirme que oui les classes moyennes participent à ce séparatisme social. Il se calque sur la tripartition de la structure sociale.

3 processus : * relégation (transformation de l’habitat social en lieux d’abandons)

      • périurbanisation (c.m)

      • gentrification (entre soi des plus riches)

Ainsi, le fossé se creuse entre classes populaires et moyennes et renforcement des clivages intérieurs à la constellation centrale.

    1. Inflexions et recompositions

Des tendances à l’éclatement ?

Hausse de la division public/privé.

Hausse des inégalités entre les agents de cat A et ceux B et C.

Polarisation des c.m de façon tripartite.

De nouvelles polarisations aux confins des catégories noyaux et supérieures

4 mondes se distinguent : finance, politique, médias, agences. A l’intérieur de ces mondes, il y a des personnes appartenant aux classes sup mais aussi des intellos précaires, exm : phéno bobo.

Conclusion

Pour classer cette catégorie, on utilise les revenus. La hausse des inégalités ne les épargnent pas. Mais nombreux autres critèes complémentaires sont importants : rapports de pouvoir, place dans le système productif, rapport au savoir, pratiques culturelles, style de vie, dispositions éthiques.

Les c.m sont un espace multipolarisé, hierarchisé. Elles sont composées d’acteurs collectifs : indep, enseignants…Même si il n’y a pas de force « mythique » au dessus.

Serge Bosc remet en cause la notion de crise, trop généralisatrice, pour parler plutôt de flottement des c.m.

La production dans l’entreprise Apple

 

 

 

I Qu’est-ce que la production ?

A/ Production marchande et production non marchande

B/ Production de biens et production de services

C/ Les facteurs de production chez Apple

II Que produit Apple ?

A Présentation de la firme multinationale APPLE

B La gamme de produits et ses investissements

C La division internationale chez Apple

III Les conditions de travail chez Apple

IV Le coût écologique, une défaillance du marché

Conclusion

Dossier documentaire

Document 1

apple ca

Q1/ Calculez le coefficient multiplicateur du chiffre d’affaire d’Apple de 2004 à 2015

Q2/ Calculez le taux de variation du chiffre d’affaire de Apple de 2016 à 2017, sachant que son chiffre d’affaire a été en 2017 de 229,3milliards de dollars

Q3/ Emettez des hypothèses pour expliquer le succès de l’entreprise

 

Document 2 Apple fait face à sa première baisse de chiffre d’affaires depuis 2001

Les modèles 6S et 6S Plus ont moins séduit que leurs prédécesseurs Le repli inédit en quinze ans de l’activité d’Apple s’explique essentiellement par les performances commerciales de l’iPhone, son smartphone vedette qui représente plus de 60 % de ses recettes. Lancés en septembre 2015, les modèles 6S et 6S Plus n’ont pas autant séduit que leurs prédécesseurs, qui étaient les premiers dotés d’écrans de grande taille, similaires à ceux proposés par la concurrence depuis des années. Conséquence : les ventes de l’appareil affichent trois trimestres consécutifs de baisse. Avant cela, elles avaient progressé de manière ininterrompue pendant près de neuf ans.

A plus long terme, toutes les incertitudes ne sont pas encore levées. Le groupe américain fait notamment face à la saturation des principaux marchés occidentaux, où la plus grande partie de la population possède déjà un smartphone. Mais aussi du marché chinois, le plus important au monde. En outre, le cycle de remplacement s’allonge : au lieu de changer de terminal tous les deux ans, de plus en plus d’utilisateurs conservent leur ancien appareil plus longtemps.

Dans ce contexte, la société a pris un risque en conservant pour une troisième année le même design, alors qu’elle avait pris l’habitude de le modifier tous les deux ans. Cela pourrait aussi favoriser les anciens modèles, moins chers à l’achat.

Plus inquiétant encore, ses performances se sont nettement dégradées en Chine, qui a longtemps constitué l’un des principaux moteurs de sa croissance. Sur le dernier trimestre, son chiffre d’affaires y a chuté de 30 %. La société californienne souffre de la concurrence des fabricants chinois, comme Huawei, Oppo, Vivo et Xiaomi. Selon les chiffres du cabinet Counterpoint Technology, publiés mardi 25 octobre, sa part de marché a reculé de quatre points au troisième trimestre, tombant à 8,4 %. « Nous restons très optimistes en Chine », assure toutefois M. Cook.

L’Apple Watch a vu ses ventes plonger depuis le début de l’année. Enfin, Apple n’a toujours pas trouvé la parade à son « iPhone dépendance ». Lancée il y a un an et demi, l’Apple Watch a vu ses ventes plonger depuis le début de l’année. Au troisième trimestre, le groupe à la pomme n’aurait livré que 1,1 million d’unités dans le monde, d’après les estimations du cabinet IDC, soit une chute de 72 % en un an. Pour relancer la machine, il mise sur la deuxième gamme de montres connectées, commercialisées depuis mi-septembre et recentrées autour des activités fitness.

Le Monde 2016

Q1/ Quelles causes sont citées dans le texte pour expliquer la baisse de CA en 2016 ?

Q2/ Est-ce source d’inquiétude pour l’avenir à plus long terme ?

 

 

Document 3 La rémunération de l’État

Les profits de l’entreprise sont passés de 5 milliards de dollars en 2007 à 45,2 milliards en 2017. Elle paye un impôt sur les sociétés aux États-Unis qui est passé de 1 milliard de dollars en 2007 à 3,3 milliards en 2011. Cette relative faible hausse vient du fait qu’elle déclare une bonne partie de ses impôts à Reno (Nevada), où la compagnie dispose d’une présence symbolique. L’impôt sur les entreprises étant en 2001 de 8,84 % en Californie et de zéro au Nevada.

Apple optimise également son imposition au niveau international à l’aide des méthodes du « double irlandais » et du « Sandwich hollandais ». Elle utilise pour cela une filiale en Irlande (taux d’imposition de 12,5 %) dont l’objectif est de récolter le produit des brevets déposés par Apple. Une autre filiale au Luxembourg gère les revenus des ventes d’iTunes. Une filiale aux Pays-Bas permet de récupérer les bénéfices irlandais en franchise d’impôts. Les bénéfices sont ensuite orientés vers des paradis fiscaux. Elle détient en 2014 150 milliards de dollars dans le paradis fiscale des îles Vierges britanniques. Au niveau mondial hors États-Unis, sur des bénéfices à l’étranger de 36,8 milliards de dollars fin 2012, elle a versé 713 millions de dollars au 29 septembre, soit un taux de 1,9 %. Wikipédia septembre 2018

Q1/ Calculez l’écart entre le profit d’Apple en 2007 et 2017. Calculez cet écart pour ses impôts aux EU. Concluez

Q2/ Sachant qu’en France, une entreprise de cette taille a un impôt de 33,3 % que peut on en conclure ?

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Document 4

Exercice sur les salaires chez Foxconn et Tim Cook

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