Chapitre 1 Assurance et protection sociale en France à l’heure du Coronavirus

 

Introduction : quel système de protection sociale avons-nous mis en place depuis plus d’un siècle ?

I Perceptions et réalité des risques sociaux

1.1 Qu’est-ce qu’un risque social ?

1.2 Sommes-nous tous exposés aux mêmes risques ?

II Le système de santé français

2.1 La protection sociale en France est le fruit de l’organisation ouvrière

2.2 Deux logiques coexistent dans notre système de protection sociale

III Evolution et diversité des organismes de couverture de santé

3. 1 Les limites des systèmes de gestion privée des risques ont amené à un système de protection sociale collective

3.2 La remise en cause des mécanismes de solidarité collectif par les politiques néolibérales

3.3 La crise du Coronavirus met en avant la faible efficacité d’une gestion privée des risques de santé

Notions essentielles : Protection sociale, Assurance, Assistance, risques sociaux, mutualisation, prévention, aversion au risque, risque, diversification, aléa moral

La protection sociale à l’heure du Coronavirus et les conséquences économiques et sociales

Introduction

Le Coronavirus est une épidémie qui fait suite à de nombreuses autres précédentes : la peste au XIVe siècle (20à 50 millions de morts soit entre 30 et 50 % de la population européenne), la variaole du XVe → XVIIe qui a décimé 90 % de la population amériendienne ! Le choléra au XIXe rien qu’en Russie, elle a fait 1million de mort. La grille espagnole en 1919 (30 millions de morts soit près de deux fois plus que la 1e guerre mondiale), le sida débuté en 1981, il a tué 25 millions de personnes depuis.

Le coronavirus a fait le 22 avril 2020, 174 000 morts dans le monde. C’est toujours beaucoup trop, mais comparativement aux autres virus, nos connaissances hygiènistes et médicales ont permis de faire baisser le nombre de morts. Sans cela, combien de mort aurait-on eu ?

Nous allons étudier trois aspects grâce aux travaux économiques et sociologiques.

Problématique : L’hôpital Français une entreprise ou un service public ?

Qu’est-ce qu’une crise économique ? Quelle est son ampleur ?

La crise du Coronavirus, révélatrice des inégalités sociales

 

I L’hôpital géré comme une entreprise ?

A Le modèle de l’hôpital entreprise

Commençons par rappeler ce qu’est une entreprise.

Définition Les entreprises sont des agents économiques qui combinent des facteurs de production (capital , travail) dans l’objectif de faire du profit.

Quels sont les facteurs de productions à l’hôpital ?

Capital : machines (tel que les appareils respiratoires), les lits, les locaux…

Travail : les personnels soignants (de la personne au ménage au médecin)

L’objectif des entreprises est le profit (bénéfice retiré de l’activité économique, il est calculé de cette façon : chiffre d’affaire – coûts de production).
Le profit serait l’objectif de l’hôpital ?

Document 1 Documentaire Sicko. M. Moore.

Visionnage des premières minutes (-> 3min15)

Dans le documentaire, nous observons que l’hôpital donne un prix aux Etats Unisiens pour chaque opération médicale. L’hôpital considère les patients comme des clients. Ces derniers doivent payer pour que l’opération se fasse. Dans ce système, l’hôpital a des recettes (chiffre d’affaire) et des coûts de production. L’hopital doit être rentable, c’est à dire dégagé un profit en mettant des prix supérieurs aux coûts de production.

On peut considéré que l’hôpital aux Etats Unis fonctionne comme une entreprise. Est-ce la cas en France?

Payez vous quand vous allez à l’hôpital ? Non

Pour vous détendre sur ce sujet anxiogène, voici la vidéo d’une humoriste. Pourquoi est-ce une parodie ? Qu’est-ce qu’elle dénonce subtilement? Vous n’êtes pas obligé d’aller au bout de la vidéo pour répondre.

Document 2 

L’humoriste présente l’hôpital comme une entreprise, c’est une parodie dans le mesure où nous ne présentons pas notre carte bleue pour entrer à l’hôpital. Nous payons rarement à l’hôpital car il existe la sécurité sociale et des mutuelles en France qui couvre les frais de soins à notre place. 

Toutefois, la Bajon dénonce les conditions de travail et certaines dérives où les modes de gestion de l’entreprise rentrent dans le secteur de la santé. Par exemple, l ‘humoriste dit que les EPADH sont côtées en bourse ? Est-ce vrai?

Oui, c’est le cas, les maisons de retraite fonctionnent sur le mode de l’entreprise, c’est pour cela qu’elles sont très chères. Pour aller plus loin, vous pouvez lire cet article :

Document 3 Le Monde diplomatique – Mars 2019 – 

Vieillesse en détresse dans les Ehpad, Un produit rentable et attractif

Le très fort développement du secteur privé lucratif des établissements d’hébergement pour personne âgées dépendantes (Ehpad) en France s’est accompagné d’une longue série de concentrations au sein des quelques dizaines de sociétés et de gestionnaires qui tiennent ce marché. Trois grands groupes se sont ainsi constitués, Korian, Orpea et DomusVi, suivis de Colisée et de Domidep. À eux seuls, ils possèdent neuf cents établissements, soit plus de la moitié du parc. Korian est devenu le plus puissant en rachetant Medica. En 2016, il a réalisé plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 15,5 % de marge, un bénéfice de 38 millions d’euros, et il a doublé en cinq ans les dividendes versés à ses actionnaires. Selon un cabinet de conseil en immobilier, le secteur des Ehpad ne s’est jamais aussi bien porté et connaît une explosion des investissements. Une maison de retraite serait plus rentable qu’un centre commercial (1). Le classement 2018 des cinq cents plus grandes fortunes de France publié par l’hebdomadaire Challenges comprend six propriétaires de groupes d’Ehpad.

Le secteur attire les fonds d’investissement (Intermediate Capital Group pour DomusVi), les banques (Crédit agricole pour Korian et Domidep), les fonds de retraite (Canada Pension Plan Investment Board pour Orpea) et même les fonds souverains des Émirats arabes unis. Six groupes sont désormais cotés en Bourse. Les Ehpad commerciaux sont aussi devenus très attractifs pour les courtiers, qui revendent des chambres à des investisseurs particuliers attirés par une rentabilité des locations de 4 à 6 % et par des revenus défiscalisés.

Aujourd’hui, l’État ne délivrant désormais que très peu d’autorisations de création d’Ehpad, les groupes commerciaux français se sont tournés vers l’étranger. Korian a acquis des groupes en Belgique et en Allemagne. DomusVi domine en Espagne. Orpea a acquis des groupes en Pologne, en République tchèque, en Allemagne, et est présent en Amérique du Sud. Et tous lorgnent un marché mirifique qui est en train de s’ouvrir : la Chine.

Philippe Baqué

Journaliste.

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/03/BAQUE/59613

 

Mais est-ce le cas en France ?

L’hôpital Français n’est pas une entreprise, tel qu’aux Etats Unis. Pourquoi ? On ne paye pas qd on rentre aux urgences, lors d’opérations lourdes… Nous ne sommes pas des clients mais des patients. Le service public hospitalier est financé par les impôts comme les services publics. Le profit n’est pas l’objectif mais la bonne santé. En 2019, des personnalités lancent un appel.  A travers cet appel on s’aperçoit de ce qu’ont fait les gouvernements depuis des décennies. Les célébrités dénoncent la dérive entrepreunariale de l’hôpital, qu’est-ce ?

Document 2 L’appel des 108 célébrités à Emmanuel Macron pour sauver l’hôpital

Des stars, qui ont été confrontées à l’hôpital, soutiennent des patients anonymes, excédés par les carences du système, et adressent une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour lui demander un plan d’urgence. Un appel inédit que nous dévoilons.

Charlotte Gainsbourg, Véronique Sanson, Florence Foresti, Clara Luciani, Pierre Arditi, Lomepal, Valérie Bonneton et Vincent Lindon font partie des signataires

La lettre adressée à Emmanuel Macron

« Monsieur le Président,

Le Grand débat que vous avez organisé a réclamé « plus de service public ». Il a mis au premier rang la Santé et l’Hôpital public. Pourtant la situation sur le terrain est devenue réellement intenable : les difficultés d’accès aux soins s’accroissent, la qualité et la sécurité des soins se dégradent et nous observons l’épuisement et l’inquiétude des personnels hospitaliers. Ces difficultés, les usagers de l’hôpital public les constatent tous les jours et en parlent dans les courriers qu’ils adressent aux directions hospitalières. Des drames se produisent, touchant toutes les catégories professionnelles de l’hôpital mais également les patients. Ces pertes de chance liées au manque de moyens sont inacceptables. On ne peut plus, vous ne pouvez plus attendre de nouveaux drames pour mettre en œuvre un plan d’urgence pour sauver l’hôpital public. Nous, usagers de la santé et citoyens, soutenons la demande des personnels hospitaliers d’un financement supplémentaire, nécessaire pour : – Assurer l’ouverture de lits afin que les malades puissent être hospitalisés quand c’est nécessaire et qu’ils ne passent plus des heures voire des jours à attendre couchés sur des brancards ;

Embaucher le personnel nécessaire dans tous les services pour assurer l’accueil, la sécurité, la qualité et la continuité des soins ;

Revaloriser les salaires des personnels hospitaliers sachant que nous sommes en 26e position sur les 35 pays de l’OCDE pour le salaire des infirmières.

L’hôpital public a besoin de réformes mais aussi et surtout de moyens pour assurer ses missions dans des conditions acceptables pour les patients et pour les soignants.

Croyez, Monsieur le Président de la République, à notre meilleure considération. »

Qu’est-ce qui est dénoncé ici ? le fait qu’on s’écarte de l’objectif de la bonne santé pour tous pour y substituer une logique d’économies budgétaires « sur le dos » de la santé.

Cours : Les gouvernements pour faire des économies , ont baisle nombre de lits disponibles. Comme dans les entreprises automobiles, une logique de flux tendus ou de juste à temps s’impose. On ne produit que ce qui est nécessaire. Aujourd’hui quand vous achetez une voiture , vous commandez et elle est fabriquée a posteriori. Vous disposez de votre voiture un mois après. Ainsi, les producteurs automobiles n’ont pas de coût de stockage. A l’hôpital, les gouvernements ont choisi de réduire les coûts de production en n’adoptant cette stratégie de flux tendus. Donc, les soignants ne disposent pas de lit libre. On doit alors « jongler » sans cesse entre les patients. c’est le rôle du nouveau métier le « bed manager ». Il doit rationaliser les lits pour qu’il n’y en ai pas de disponible. C’est pour cela que les personnalités de l’appel demandent une ouverture de lits.

Dans le cas, d’un événement inattendu, tel que l’épidémie actuelle, les hôpitaux sont tout de suite saturés puisqu’il n’y a pas de lits disponibles en plus, ni de personnels soignants.

Sur le facteur travail, les gouvernements précédents ont baissé les recrutements de soignants : Instauration de quotas drastiques (fortement restreint) en 1e année de médecine. Ce quota est si bas que des médecins et soignants étrangers (Europe de l’Est) viennent en France combler la pénurie depuis des années ! (Ce qui contribue à « piller » les soignants de ces pays et à détériorer la situation sanitaire de ces pays)

Le blocage des salaires des soignants a aussi pour objectif de minimiser les coûts.

Depuis 2008, l’État finance l’hôpital selon les actes effectués. Chaque acte est classé par rapport a son coût et à « son profit ». L’hôpital sera alors incité à faire des opérations rentables, alors que la priorité est de s’appuyer sur les besoins de santé des patients !

Mini conclusion→L’hôpital est de plus en plus gérée comme une entreprise : financement par la tarification à l’acte, stagnation des salaires, logique de flux tendus. Toutefois, le financement de l’hôpital reste public et la crise du Coronavirus va peut être changer la gestion des hôpitaux pour revenir aux besoins sanitaires de la population.

Chapitre : Opinion publique

Introduction

I Les transformations de l’opinion publique

1.1 Le rôle de la réputation au moyen âghttps://www.youtube.com/watch?v=EkN83kdgHps

1. 2 L’opinion publique, de l’époque moderne à aujourd’hui

1.3 L’opinion publique est intrinsèque à la démocratie

1.3.1 L’opinion débattue dans les salons

1.3.2 L’opinion criée

1.3.3 L’opinion sondée

II Les sondages mesurent-ils l’opinion ?

2.1 Comment construire un sondage ?

2.2 L’utilité des sondages

2. 3 Effets pervers et manipulation de l’opinion publique


Introduction

Probématiques : Qu’est-ce que l’opinion publique ?

Comment se forme l’opinion publique ?

Comment se mesure l’OP ?

Document 1 Mettre les sondages au service de la démocratie, George Gallup

La théorie démocratique est aujourd’hui mise en cause à travers le monde. Hitler brocarde les « masses stupides », la « bêtise granitique du genre humain » et ne considère pas les gens ordinaires autrement que comme un « troupeau d’électeurs ». Pour lui, le gouvernement démocratique et parlementaire est celui des « incompétents et des ignorants ». (…) Ce défi lancé aux principes démocratiques soulève deux questions fondamentales. La première est de savoir si la démocratie est la meilleure forme de gouvernement. (…) L’un des principaux avantages mis au compte du totalitarisme est l’efficacité de son administration. Quand la volonté d’une nation est en fait la volonté d’un seul homme, l’action rapide et efficace est possible. D’un autre côté, dans une démocratie, le peuple tout entier a le droit de trancher de grands débats de politique publique. C’est un processus lent et jamais achevé. Nous n’avons une élection nationale que tous les deux ans.

Dans un monde où tout change aussi rapidement comme on peut le constater aujourd’hui, il est souvent préférable de connaître la volonté du peuple à propos des grandes questions de politique publique et à des intervalles de temps plus courts. Nous ne pouvons pas poser des problèmes et dire ensuite : »laissons les prochaines élections en décider ». Les événements n’attendent pas les prochaines élections. Nous avons besoin de connaître la volonté du peuple à chaque instant. Si nous y parvenons, l’efficacité de la démocratie s’en trouvera accrue, parce que nous pourrons substituer une connaissance spécifique de l’opinion publique aux tâtonnements et aux spéculations actuels. C’est par une information sur le véritable état de l’opinion publique que les hommes politiques peuvent accéder aux aspirations de l’électorat et concevoir des projets de gouvernement

Question 1 Quel est l’inconvénient de la démocratie dans la prise de décision ?

Question 2 Quel est l’outil que Gallup va proposer ?

Question 3 Quel est l’utilité démocratique de cet outil ?

Document 2 LE DEAL JUTEUX ENTRE MATIGNON ET LES PRINCIPAUX INSTITUTS DE SONDAGES

Le Service d’information du gouvernement (SIG) a dévoilé les termes de l’appel d’offres remporté par six instituts de sondage, qui seront chargés d’abreuver l’exécutif d’enquêtes d’opinion.

Edouard Philippe et ses ministres vont pouvoir laisser libre cours à leur goût des sondages. Le 6 août dernier, la réponse du Premier ministre à une question écrite du député socialiste Régis Juanico révélait que Matignon avait commandé pas moins de 159 enquêtes d’opinion auprès de divers instituts, entre le 15 mai 2017 – jour de la prise de fonction d’Edouard Philippe – et la fin de l’année 2018. A priori, le chef du gouvernement devrait avoir les moyens de poursuivre à ce rythme, durant l’acte II du quinquennat. Et pour cause : comme l’a écrit La Lettre A, le Service d’information du gouvernement (SIG) – rattaché à Matignon, il est chargé d’orchestrer la communication de l’exécutif – vient d’attribuer une enveloppe globale de 13,9 millions d’euros à six instituts de sondage, heureux lauréats de l’appel d’offres « Prestations d’enquêtes et d’analyses d’opinion » du gouvernement. Précision importante, il s’agit d’un montant estimatif maximum, qui pourrait être revu à la baisse si le volume des commandes est plus faible que prévu.

Les six instituts sélectionnés couvriront, pour trois ans, les besoins en sondages de Matignon, ainsi que des seize ministères du gouvernement. Cinq entités publiques sont également concernées par la commande d’enquêtes d’opinion : la Direction interministérielle de la transformation publique, la Direction de l’administration pénitentiaire, la Délégation à la sécurité routière, l’Agence du service civique et le Défenseur des droits.

Ipsos et l’Ifop principaux bénéficiaires

Dans le détail de l’appel d’offres, Ipsos a remporté 3 des 10 lots disponibles, ce qui assure à cet institut une manne potentielle de 4,2 millions d’euros. De son côté, l’Ifop a hérité du lot principal – les enquêtes téléphoniques – et pourrait s’adjuger 4 millions d’euros. Le reste des lots est notamment réparti entre BVA (1,8 M) et le duo OpinionWay (1,3 M) – Harris Interactive (1,2 M), qui, à eux deux, trustent le marché des enquêtes d’opinion sur internet.

Document 3

Exemple : Sondage exclusif CSA / L’Humanité réalisé en en ligne par internet le 22 avril 2012.

Echantillon national représentatif de 5969 personnes âgées de 18 ans et plus inscrites sur les listes électorales, constitué d’après la méthode des quotas : sexe, âge, profession de la personne interrogée et après stratification par région et catégorie d’agglomération.

Le vote des catégories populaires est établi sur la base du vote des ouvriers et des employés, et des anciens ouvriers et employés à la retraite, soit 2014 individus.

Document 4 : Exemple : https://www.csa.eu/fr/qui-sommes-nous/qui-sommes-nous

Document 5 Bourdieu et les sondages

Queslles sont les critiques émises par Bourdieu à l’encontre des sondages ?

Comment l’ironie moque les sondages ?

Document 6 Vidéo DSK Hollande de Pierre Carles, quelle est la thèse du réalisateur ?

A revoir – Deux extraits : le 1e : 7min 14 jusqu’à 8min45 et  le 2e : 24min 57-> au moins 31 min

Document 7 https://www.marianne.net/politique/bfmtv-diffuse-autant-de-macron-que-de-fillon-hamon-melenchon-et-le-pen-reunis

BFMTV diffuse autant de Macron que de Fillon, Hamon, Mélenchon et Le Pen réunis !

L’ex-ministre de l’Economie pourra tout de même se satisfaire d’avoir vu sa prestation relayée en intégralité en direct sur BFMTV, pendant pas moins d’une heure et 34 minutes. Comme d’habitude, d’ailleurs : depuis sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle, tous les grands meetings d’Emmanuel Macron sont en effet diffusés en intégralité et en grande pompe sur la première chaîne d’info en continu. Ce qui est bien loin d’être le cas pour ses concurrents…

Marianne a ainsi calculé, pour chacun des candidat, le nombre de minutes de meetings relayées par les chaînes d’infos en continu depuis novembre dernier. Le résultat est saisissant : en durée, BFMTV a diffusé autant de réunions publiques d’Emmanuel Macron… que de l’ensemble de ses quatre concurrents principaux réunis ! Un sacré avantage pour l’ex-ministre de François Hollande, les meetings constituant un élément-clé de toute stratégie de campagne présidentielle.

Macron a cumulé 7 heures de meetings sur BFMTV, contre 3 pour Fillon

Démonstrations de force militante par excellence, ces manifestations façonnent en effet l’étoffe d’un leader, au moyen de discours forts soutenus par une scénographie tout à la gloire du prétendant. Faute de moyens, les chaînes d’infos en continu reprennent d’ailleurs les images fournies par les équipes des candidats. Lesquelles sont forcément avantageuses et permettent à l’aspirant-président, Emmanuel Macron en l’occurrence, de diffuser directement son message dans les foyers français, sans le filtre d’un média qui contextualiserait les images sélectionnées.

A ce petit jeu, il peut compter sur l’appétit de BFMTV. Nerf de la guerre dans cette campagne, puisqu’elle rassemble près de dix fois plus de téléspectateurs que ses concurrentes sur ce genre d’événements. Sur la chaîne du groupe NextRadioTV, les discours de Macron ont été retransmis pendant un total de 426 minutes ces quatre derniers mois, contre 440 pour ses adversaires principaux : 182 minutes de François Fillon, 135 de Jean-Luc Mélenchon, 63 minutes de Marine Le Pen et à peine 60 minutes de Benoît Hamon (ce qui correspond à son seul discours d’investiture, à La Mutualité, le 5 février).

BFMAcron

L’organisation fréquente de grands meetings par En Marche ne suffit pas à expliquer l’exposition privilégiée d’Emmanuel Macron sur BFMTV

Le critère de la taille des réunions publiques ne paraît pas plus pertinent que les précédents pour justifier une telle exposition : le 17 novembre, à Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône) et ce 18 février à Toulon (Var), Emmanuel Macron n’a attiré que 1.200 personnes à chaque fois. Soit autant que l’a fait Jean-Luc Mélenchon à cinq reprises, Fillon à deux reprises ou Benoît Hamon pas moins de sept fois. Las, aucun de ces meetings-là n’a été diffusé sur la chaîne numéro 15.

Ce constat ne manquera pas de raviver les accusations de favoritisme médiatique à l’égard d’Emmanuel Macron. Ce dernier est par ailleurs le seul candidat à compter comme conseiller spécial un ancien haut-gradé de Altice Média, le groupe qui possède BFMTV. Avant de rejoindre En Marche, Bernard Mourad, 41 ans, était en effet vice-président de SFR Presse et responsable du développement de Altice Média International.

Le même week-end, Emmanuel Macron n’a lui pas eu à se plaindre de son exposition : son meeting, organisé aussi à Lyon mais le samedi, a été retransmis pendant une heure et 47 minutes par toutes les chaînes d’infos en continu. Et comme toujours, c’est BFMTV qui a fait le plus fort : l’événement a commencé à être abordé dès 14h47 avec un débat autour du fondateur d’En Marche, pour continuer jusqu’à… 18h54. Soit plus de 4 heures d’antenne d’affilée consacrées par la chaîne à son chouchou. Un véritable matraquage télévisuel, qui vient s’ajouter au matraquage médiatique dont a bénéficié le fondateur d’En Marche dès ses débuts. Dans ces conditions, même pas besoin comme Jean-Luc Mélenchon de chaîne Youtube pour assurer le relais de la bonne parole : BFMTV joue le sponsor !

Présidentielle 2022 

-> https://www.acrimed.org/Zemmour-un-artefact-mediatique-a-la-Une

Pluralisme des plateaux de TV

-> https://www.acrimed.org/Retraites-LCI-pulverise-le-pluralisme

Document : Sondage d’opinion, l’overdose

Question 1/ Pourquoi les sondages sont de plus en plus commandés ?

Question 2/ Comment sont choisis les sondés ? 

Question 3/ Pourquoi les sondages sont redressés ? Est-ce scientifique ?

Question 4/ Quels liens y a t-il entre sondages et médias ?

Question 5/ Qui possède les entreprises de sondage ?

 

Document 8 Médias et guerre

Documentaire de 6 min sur Arte la fabrique du consentement en temps de guerre

lien actif : https://www.youtube.com/watch?v=FvsWeHcukYA&t=188s

Document 9 Vidéo d’Arte Propaganda 

1e cession 0 à 8min

Q1 / Quel outil développe les démocraties pour imposer la guerre ?

Q2/ Quelle est la position de Wilson (futur président) en 1916 ? Refus de la guerre car les USA sont un pays démocratique

Q3/ Comment contrôler les masses pour leur faire adhérer à leur effort de guerre ?

2e cession 8 min à 13min

Q1 / Comment la communication se généralise dans le pays  ?

Prenons l’exemple de la réforme des retraites. La contestation de la réforme n’arrange pas le gouvernement.

Comment traiter médiatiquement le mouvement des retraites pour le discréditer ?

Article Acrimed

Retraites et démobilisation sociale : l’éternel retour

par Pauline Perrenot

Le 10 janvier, à la suite des annonces de la Première ministre, l’intersyndicale annonçait une première journée de grèves et de mobilisation contre la réforme des retraites, le 19 janvier. Annonce saluée comme il se doit par l’orchestre des chiens de garde médiatiques, trop contents de pouvoir reprendre en chœur l’un de leurs couplets favoris : l’ode à la démobilisation sociale.

Alors que des grèves d’ampleur s’organisent dans la fonction publique et de nombreux secteurs du privé contre la réforme des retraites, le reportage et l’information sociale pourraient avoir le vent en poupe dans les rédactions. Las, à quelques (rares) exceptions près, c’est l’inverse qui se produit. L’organisation collective de l’action syndicale et politique – sur les lieux de travail, dans les quartiers, etc. – est un non-sujet, et les travailleurs mobilisés ne sont entendus, au mieux, que par le biais de micros-trottoirs : des formats courts, par définition, qui isolent et individualisent de surcroît la parole des acteurs en écrasant le collectif. Incapable de s’intéresser aux formes et aux enjeux du combat social et de son organisation, le journalisme dominant suit, à la lettre, sa feuille de route traditionnelle par temps de « réforme » : les professionnels du commentaire accaparent plateaux et micros pour diagnostiquer à grands coups de sonde l’état de « l’opinion », pronostiquer l’étendue des « galères » du futur « jeudi noir », et marginaliser syndicalistes et opposants politiques : retour sur une semaine de mobilisation médiatique… contre la mobilisation sociale.

« La réforme passera » : « fatalisme des Français »… ou détermination des chiens de garde ?

Au soir des annonces d’Élisabeth Borne, sur le plateau de « C dans l’air » (France 5, 10/01), Brice Teinturier (Ipsos) tient à rassurer la tablée : « Mon hypothèse, c’est que compte tenu des efforts qui ont été faits pour les régimes spéciaux, il peut y avoir une mobilisation forte mais je serais un peu étonné qu’elle dure des semaines et des semaines. Parce que d’abord, à mon avis, les gens ont quand même en grande partie intégré l’idée que si le gouvernement passe de 65 à 64 ans, il n’ira pas tellement au-delà en termes de négociations et […] vous vous mobilisez quand vous pensez quand même pouvoir arracher quelque chose. » Par un heureux hasard, les « impressions » de Gaëlle Macke, directrice déléguée de la rédaction de Challenges, confirment les « hypothèses » du sondologue : « Il y a quand même un certain fatalisme, on a l’impression, sur ce sujet. » Pour que le fatalisme se répande, rien de tel, en effet, que de le prescrire à toutes et à tous : « Tout le monde a compris qu’il y allait avoir une réforme des retraites de toute manière. […] La contestation ne changera pas le fait que politiquement, elle sera votée. Et en plus, après le Covid, il n’y a pas eu de gros mouvements de contestation. […] Je ne suis pas sûre que l’heure soit aux mouvements collectifs. »

Des matinales radio aux magazines d’actualité, en passant par les colonnes de certains journaux, cette petite musique est omniprésente. La circulation libre et non faussée des prophètes de la démobilisation y est pour beaucoup : le 11 janvier, c’est au 20h de France 2 que l’on retrouve Brice Teinturier dispenser le même pronostic de défaite : « Se mobiliser pendant des jours et des jours, et le faire quand vous vous dites « on obtiendra peu de résultat », ce n’est pas forcément dans le calcul coût-bénéfice quelque chose qui va dans le sens d’une mobilisation durable. » En pointe dans le registre des élucubrations divinatoires, Nathalie Saint-Cricq distille elle aussi la résignation tout en prétendant diagnostiquer celle des « Français » : « Il peut sembler paradoxal que les Français ne veuillent pas de cette réforme mais aient intégré que de toute façon, ça allait passer avec une forme de fatalisme. » (« Questions politiques », France Inter/France Info, 14/01).

À l’appui de telles affirmations ? Des sondages, dont les commentateurs s’enivrent aveuglément – malgré les critiques formulées depuis des décennies à leur encontre –, et qu’ils utilisent pour maquiller grossièrement leurs partis pris, rabâchés obstinément. Fidèle au poste, le traditionnel duo Ifop/Journal du dimanche excelle en la matière. Le 15 janvier, l’institut engageait ainsi les interviewés à faire un « pronostic concernant l’application de la réforme des retraites », incités à dire si la réforme « sera votée et appliquée » ou « finalement retirée face au mouvement social »… qui n’a pas encore démarré. Un artéfact dont Jérôme Béglé, directeur général de la rédaction du Journal du dimanche, exploite immédiatement le potentiel :

[Jean-Luc Mélenchon] se réjouit déjà des manifestations et des blocages annoncés par les organisations syndicales pour mettre en pièce la réforme des retraites […]. Las, 68% des Français interrogés par l’Ifop estiment que la réforme sera votée et appliquée. Même au sein de La France insoumise, une majorité (55%) en est convaincue.

« La réforme passera », répète, dans un second article, le JDD, biberonnant les bavardages des sondeurs, et bien décidé à épauler le gouvernement :

Ces Français mécontents iront-ils clamer dans la rue tout le mal qu’ils pensent de cette réforme ? Rien n’est moins sûr. […] Car occuper la rue apparaît vain : 68% des Français pensent ainsi que la réforme Macron passera malgré tout. […] Sans doute se souviennent-ils que […] les victoires syndicales ont été rares. « L’opinion a intériorisé le fait qu’un gouvernement ne recule plus et que l’action collective ne fonctionne plus, note Frédéric Dabi. […] » Même chez les sympathisants de gauche […], la conviction que le texte sera quand même voté prédomine. C’est peut-être la seule bonne nouvelle pour l’exécutif.

On en voit au moins une autre : le matraquage médiatique prophétisant le succès de « laréforme » et l’échec de ses opposants. Une partition performative reprise en boucle par BFM-TV. Le 10 janvier, par exemple, face à Philippe Martinez :

– Antonin André, chef du service politique d’Europe 1 : Les sondages disent que 64% des Français sont effectivement contre cette réforme sur le principe, pour autant, ça ne veut pas dire qu’ils suivront l’appel des syndicats à se mobiliser dans la rue. […] On voit bien depuis quelques années que les syndicats sont en perte de vitesse, la CGT notamment dans les différentes élections professionnelles, parfois même, vous êtes à la ramasse […].

– Nora Hamadi : Est-ce que vous n’avez pas ce sentiment que les Français sont aussi usés, fatigués par ces actions qui, finalement, n’aboutissent pas toujours ?

– Maxime Switek : Vous sentez le doute qui flotte sur ce plateau et ailleurs [concernant la mobilisation] ! Quand vous entendez par exemple celui que l’on cite systématiquement ces dernières semaines, c’est à dire le politologue Jérôme Fourquet, qui parle d’une espèce d’apathie politique qui aurait gagné la France et qui ferait qu’une partie des Français éventuellement contre cette réforme se soit résignée malgré tout à cette réforme et ne vous rejoigne pas dans la rue.

Rebelote le lendemain, face à Olivier Besancenot. Le porte-parole du NPA évoque-t-il des conflits en cours sur les salaires et de nombreux « motifs de mécontentement » qui pourraient constituer un « catalyseur » ? Aurélie Casse l’interrompt : « Ou l’inverse. Vous savez, c’est ce que disent les spécialistes, parfois on se prend tellement de baffes à la suite qu’on ne répond plus. » Avant de persister, main dans la main avec le journaliste économique du plateau :

– Emmanuel Lechypre : Là, aujourd’hui, on est quand même dans un moment d’inquiétude, avec l’inflation, assez forte sur les perspectives économiques et on sent qu’il y a une inquiétude plus que de la colère.

– Aurélie Casse : Parce qu’en fait, les Français sont fatalistes ! Vous avez vu le sondage de Bernard Sananès. […] Malgré cette forte opposition, 75% pensent que la réforme sera quand même adoptée. […] Pour se mobiliser, il faut aussi se dire « si je me mobilise ça peut marcher, je peux faire plier le gouvernement. » Peut-être que les Français se diront que non, que le gouvernement est déjà passé de 65 ans à 64 ans et qu’il est impossible aujourd’hui d’obtenir plus.

Ou encore… le 16 janvier :

– Alain Marschall : Si on entre dans un conflit long, plutôt radical, avec des blocages forts, Emmanuel Macron sera sous pression, est-ce que la rue peut faire reculer le gouvernement ?

– Alain Duhamel : Écoutez, je crois que non. […] Je crois quand même que ça passera. Ça passera d’abord parce que c’est la réforme que, depuis le départ, Emmanuel Macron veut faire. Ensuite parce que les Français, même si ça ne leur fait pas plaisir de le constater, savent bien qu’autour de nous, dans tous les pays, ça a eu lieu avant nous ! […] Ensuite compte tenu de l’inflation, de l’Ukraine, du Covid […], le climat est plus à l’anxiété voire au découragement qu’à la colère et à l’éruption.

Mais c’est incontestablement à Apolline de Malherbe que revient la palme des chiens de garde cette semaine, pour sa première question à destination de Philippe Martinez, reçu avec les honneurs dans la matinale de RMC et BFM-TV le 13 janvier :

Est-ce que vous saurez mobiliser ? C’est un test pour le gouvernement mais c’est un test aussi pour les syndicats. Alors, mobiliser, sans doute, […] mais gagner, peu de chances ! Parce que j’ai regardé l’historique des dernières mobilisations : je suis remontée même un peu, puisque je suis remontée jusqu’à la réforme Fillon en 2003 : un à deux millions de manifestants dans la rue, mais échec, la loi est adoptée. 2010, réforme Woerth, trois millions de manifestants dans la rue : échec, la loi est adoptée. 2014, réforme Touraine, petite mobilisation dans les rues mais échec tout de même, la loi est adoptée. 2016, grosse mobilisation contre la loi El Khomri : échec, elle est adoptée. 2017, contre les ordonnances Macron : échec. 2018, combat contre le projet de réforme de la SNCF, grand mouvement social qui dure près de trois mois, mais échec, la loi est adoptée. Donc en fait, vous savez déjà que de toute façon, à la fin, vous perdez.

Prêcher le découragement, sans trêve ni repos. Une mission dont s’acquittent aussi bien les têtes d’affiche du service public. Sur France Inter (11/01), face à Laurent Berger qui évoque la « détermination des travailleurs », Léa Salamé ne parvient pas à réprimer sa morgue : « Mais vous savez que de toutes les manières, il passera ce texte. » Même musique sur France Info (18/01) :

– Ève Roger, « spécialiste des questions de société » : 68% [des Français] considèrent que [la réforme] va passer. Donc si vous pensez déjà que la réforme va passer, quel besoin est de s’organiser, de se mobiliser et de lutter ?

– Axel de Tarlé : Ça, ça milite pour une faible mobilisation. Il y a une résignation.

– Ève Roger : Oui c’est ça, c’est ce qu’on dit. On dit une lassitude, une résignation.

« C’est ce qu’on dit », et qu’on rabâche… dans les grands médias. À cet effet, le service public est plein de ressources : le 16 janvier, l’émission « Les Informés » invitait autour de la table Laurence Sailliet – une habituée des plateaux de Cyril Hanouna –, présentée comme « éditorialiste et chroniqueuse politique » sans qu’il soit fait mention de son ancien poste de porte-parole pour le compte… des Républicains. Par sa voix, les auditeurs apprendront donc, ô surprise, que « le gouvernement ne cèdera pas […]. On peut y passer trois ans, on est d’accord ou pas mais c’est ainsi. De toute façon, hier, dans le sondage Ifop-JDD, 68% des français disent qu’ils savent que la mesure va être adoptée et va être appliquée. Donc je crois que tout le monde a compris. » L’animateur de l’émission, Jean-François Achilli n’hésitait pas, quatre jours plus tôt (12/01) dans la même émission, à solliciter les bonnes idées de ses convives pour… fracturer le front syndical : « Il n’y a aucun moyen de faire renoncer la CFDT, euh, à mobiliser ? » Une idée partagée par le journaliste Julien Arnaud sur une chaîne concurrente : « Est-ce qu’on sait si le gouvernement, en coulisse, en off, a lancé un peu des actions dès ce soir pour tenter, comment dirais-je, de morceler l’union syndicale ? » (LCI, 10/01) Vous avez dit « journalistes militants » ?

Et si l’on sent chez eux un peu d’inquiétude, c’est qu’un spectre affreux les hante, comme le reconnaît benoitement Alexis Brézet, directeur des rédactions du Figaro au micro d’Europe 1 (12/01) : ce « désastre qui reste dans toutes les mémoires », c’est le mouvement social victorieux contre le plan Juppé : « En 95, la réforme est abandonnée, c’est une catastrophe absolue. » Et c’est sans doute pour conjurer cette issue funeste que l’hypothèse de l’abandon de cette contre-réforme est ainsi systématiquement évacuée.

« La galère » qui vient et le matraquage anti-grévistes

Les chefferies éditoriales semblent déterminées à dépeindre cette journée de grève sous les sombres couleurs d’un « jeudi noir ». « TER, TGV, Ouigo, RATP : un jeudi de galère en perspective pour les usagers » ; « Grève : les parents s’organisent pour jeudi » ; « Grève : pire qu’en 1995 ? » ; « Écoles fermées : les enfants trinquent ? » ; « Avec la grève, les commerçants souffrent et rouspètent » ; « Retraites : avec les grèves, les commerçants s’inquiètent pour leur chiffre d’affaires » ; « Réforme des retraites : combien vont coûter les grèves ? » ; « Grève : quel impact sur le tourisme ? » Ad lib. Si BFM-TV ou RMC ne ménagent pas leurs efforts, les « 20h » sont à compter au rang des meilleurs producteurs de ce type de « reportages », dont la valeur informative approche, comme de coutume, le zéro. « À quoi faut-il s’attendre ? » interrogeait ainsi la Une du 20h de TF1 (12/01), qui présente, comme ailleurs, la grève d’abord et avant tout comme une nuisance, engendrant son lot de « victimes », qui recueillent soudain toute l’attention médiatique, et qu’on oppose, implicitement et arbitrairement aux grévistes et aux acteurs du mouvement social. Le même soir, le traitement est identique sur France 2, qui reproduit la même question et égrène le même type de micros-trottoirs (automobilistes, parents et usagers des transports). Le tout illustré, sur les deux chaînes, par d’anciens reportages sur les « galères », recyclés pour l’occasion :

– Journaliste France 2 : Et si ces images de stations-service à sec, de trains annulés, se reproduisaient dans quelques semaines ?

– Journaliste TF1 : Va-t-on revoir ces files d’attente interminables à la pompe comme en novembre dernier ? Trop tôt pour le dire.

Mais suffisamment pour en faire un « sujet » au JT…

Quel est l’intérêt de ce genre de reportages ? On le devine en écoutant le journaliste politique Gauthier Le Bret sur CNews (14/01) :

Aujourd’hui, l’opinion publique est claire. Les Français ne veulent pas de cette réforme des retraites très majoritairement. Mais si les Français sont pénalisés puisqu’ils n’ont pas de transport, puisqu’il y a des grèves dans les raffineries, […] et qu’ils ne peuvent pas faire le plein, là, l’opinion française pourrait s’inverser et se ranger du côté du gouvernement, ou du moins dire : y en a marre des grèves, y en a marre de la CGT.

Et en attendant que « l’opinion » le dise, on peut toujours le faire à sa place !

Autre motif d’espoir, évoqué par les bavards de France Info, qui se projettent déjà… en février :

– Axel de Tarlé : Les vacances peuvent être menacées là !

– Ève Roger : Les départs en vacances peuvent être menacés. Donc ça peut contrebalancer l’opinion qui soutient le mouvement. […] Il y a déjà eu le premier week-end de Noël, où c’est très très mal passé auprès de l’opinion le fait de cette grève un peu surprise organisée par les contrôleurs. Là, si la France est bloquée le 4 février pour partir en vacances, là, ça risque d’être un moment décisif !

– Axel de Tarlé : Est-ce que cette colère et cette animosité vis-à-vis de la réforme des retraites, est-ce qu’elle a une base solide ou est-ce qu’elle est friable et qu’il suffit qu’on nous gâche les vacances de février pour que l’opinion se retourne comme une crêpe ? (« L’info s’éclaire », 18/01)

On peut en tout cas faire confiance aux grands médias pour mettre toutes leurs forces dans cette bataille.

Et dans leur arsenal, ils usent volontiers d’une arme de démobilisation massive : les traditionnelles interpellations et autres violences symboliques infligées aux opposants. Hormis les morceaux de bravoure relevés plus haut, comment ne pas évoquer le cirque anti-grévistes de RMC, en représentation quotidienne dans l’émission « Estelle Midi » ? « Jeudi noir le 19 janvier : craignez-vous la paralysie ? » (11/01) ; « Nouvelle menace de grève dans les raffineries : ras-le-bol ? » (12 janvier) ; « Les lycéens veulent tout bloquer : ridicule ou courageux ? » (16/01) ; « Les grévistes veulent couper l’électricité des élus : scandaleux ? » (17/01) Au cours de cette dernière émission, on entendra notamment Daniel Riolo sublimer le couplet habituel de la « prise d’otage », en déclarant à propos de Sébastien Menesplier, syndicaliste CGT Mines-Énergie [1] :

Ce monsieur, il faut le ficher S tout de suite en fait. Ces gens-là ne sont pas des démocrates, […] [ce] sont des extrémistes qui ne veulent pas d’une vie politique telle qu’on l’entend dans notre société, dans notre République, mais qui veulent l’usage de la force pour faire passer leurs idées. Donc on est bien en présence de ce que je disais tout à l’heure, de mouvances fascistes.

Ça promet… Présent chaque jour sur les plateaux de télévision, l’économiste et essayiste Olivier Babeau tient lui aussi à « pousser une gueulante par anticipation » contre les syndicats, d’ores et déjà qualifiés d’« irresponsables » (BFM-TV, 15/01) : « Ce blocage, fondamentalement, c’est un suicide pour une France qui va déjà très mal » assène le commentateur (sans qu’aucun blocage n’ait eu lieu), qui s’interroge à grands coups d’injonctions :

Est-ce que, vraiment, on peut pas lever le pied ?! Est-ce qu’à un moment, on ne peut pas se dire que la solution, c’est peut-être pas de tout bloquer pendant plusieurs semaines mais essayer d’avancer collectivement et de faire un progrès ?! […] Vraiment, je crois que c’est quand même une très très mauvaise idée de bloquer le pays jeudi !

En plateau, trois chroniqueurs sur quatre sont d’accord… et enfoncent le clou du mépris. Mépris et injonctions que l’on retrouve dans la bouche des grands intervieweurs des matinales radiophoniques :

– Salhia Brakhlia face à Laurent Berger (CFDT), France Info, 16 janvier : Journée de mobilisation, oui, mais la Première ministre, Élisabeth Borne, vous demande de ne pas pénaliser les Français. La CGT, par exemple, envisage de bloquer les raffineries et la distribution de carburant. Vous êtes sur la même ligne ? […] Vous bloquez les raffineries ou pas ?!

– Léa Salamé face à Fabien Roussel (PCF), France Inter, 17 janvier : Les ministres se relaient depuis quelques jours dans les médias pour dire […] la mobilisation, oui, c’est un droit, mais il faut pas bloquer le pays. Vous, vous dites quoi ? Si pour bloquer cette réforme, il faut bloquer le pays et ben il faut bloquer le pays ? […] Donc il faut bloquer le pays ? Faut bloquer le pays ? Faut bloquer le pays après deux ans de Covid […] ?! Non mais je vous pose la question !

– Sonia Mabrouk face à Manuel Bompard (LFI), Europe 1, 11 janvier : Quand vous appelez à manifester, qu’est-ce-que vous souhaitez au juste ? C’est le désordre, bloquer le pays ? Est-ce que c’est de bloquer le pays quel que soit le temps du blocage et les conséquences ?! […] Est-ce qu’à l’Assemblée, vous misez sur l’obstruction quitte à transformer le parlement en Zad ?

Et si la mobilisation journalistique contre les opposants ne fait que commencer, certains ont déjà placé la barre très haut. Ainsi des journalistes animant « Le Grand Jury » (RTL/LCI/Le Figaro) qui, le 15 janvier, encourageaient le gouvernement – représenté ce jour par Aurore Berger – à légiférer urgemment pour entraver le droit de grève :

– Jim Jarrassé : Est-ce qu’il faut une loi, selon vous, pour améliorer ce service minimum, dans les mois qui viennent ? Très rapidement ? Pour vraiment agir sur le quotidien des Français ?

– Olivier Bost : La CGT menace d’un arrêt de la production dans les raffineries […] et d’un ralentissement de la production électrique […]. Est-ce que là-dessus, vous dites : il faut tout de suite réquisitionner ? Une forme de réquisition préventive ? […] Est-ce qu’il faut anticiper avec des réquisitions ? Parce qu’on a vu ce qui s’était passé à la rentrée !

Les « risques de débordements » : un journalisme de préfecture par anticipation

Le bingo de la démobilisation sociale n’aurait pas été complet sans une dose de journalisme de préfecture. Le 10 janvier, BFM-TV consacrait ainsi une part non négligeable de son temps d’antenne à relayer une « note des services de renseignements » anticipant des violences (de manifestants) lors des futures manifestations. Une co-construction de la peur, à grand renfort de communication policière que les journalistes reprennent à leur compte sans aucune distance.

Circulation circulaire de l’information oblige, les journaux radiophoniques en font mention, tout comme le 20h de France 2 [2] tandis que sur LCI (10/01), cette non-information est utilisée pour cadrer l’interview d’un responsable syndical : « Est-ce que vous craignez […] les radicaux, les black blocs qui se mêlent aux cortèges ? » s’inquiète ainsi Julien Arnaud face à Yvan Ricordeau, secrétaire national CFDT. Ce dernier refuse-t-il de « verser dans la spéculation sociale » ? C’est irrecevable pour le chien de garde, qui insiste : « Mais comment réagirez-vous si, malgré tout, il y a de la violence, il y a de la radicalité qui échappe à votre contrôle ? » Et Valérie Nataf d’en ajouter une couche : « Philippe Martinez a dû être exfiltré d’un cortège du 1er mai parce que les black blocs plus Gilets jaunes avaient réussi à totalement désorganiser le cortège ! Vous dites que ce seront des manifestations pacifiques, familiales, comment empêcher ce phénomène alors qu’on a vu, les images sont dans tous les esprits, le leader de la CGT être exfiltré d’une manifestation un 1er mai, le totem des manifestations syndicales ?! » Ou comment semer les graines de la peur et de la disqualification, en oubliant, au passage, de mentionner que ce jour-là, les violences de la police n’étaient pas étrangères au « désordre » et qu’elles furent y compris dénoncées comme telles par… la CGT.

***

Prédictions sondagières aussi hasardeuses que biaisées sur l’état d’esprit de « l’opinion », prescription du fatalisme, invisibilisation de l’action collective, anticipation des « galères » causées par les grèves, violences médiatiques contre les opposants, exercices de futurologie sur la résistance du front syndical, prophéties catastrophistes sur les violences (des manifestants) lors des mobilisations… Pendant plus d’une semaine, les chiens de garde, engagés à corps perdus dans la « bataille de l’opinion », et se positionnant de fait, sous couvert de « commentaires », comme autant d’acteurs politiques dans le débat public, semblent bien décidés à mater le « désordre » annoncé. S’il ne fait que commencer, le journalisme de démobilisation sociale est déjà au sommet de son art.

Pauline Perrenot, grâce au travail d’observation collective des adhérentes et adhérents d’Acrimed


https://www.lemediatv.fr/emissions/2023/lincroyable-propagande-de-bfm-co-sur-les-retraites-suDH1UwISiKHC1AX7E120w

Assimilation négative Angle du reportage
   
   
   
   
   
   

https://blogs.mediapart.fr/leucha/blog/190123/comment-le-jt-de-tf1-aborde-la-greve-du-1901-contre-la-reforme-des-retraites

Comment le JT de TF1 aborde la grève du 19/01 contre la réforme des retraites . Leucha 19/01/2023

La grève n’est pas très populaire aujourd’hui. J’ai regardé le JT de TF1 pour voir en quoi le traitement médiatique pouvait influencer l’opinion publique à mépriser les grévistes et je n’ai pas été déçu.

Lorsque, dans un précédent cours d’histoire, j’ai abordé les grèves joyeuses de 1936 pour accompagner la prise de pouvoir de Léon Blum, un élève s’est inquiété que ça fasse capoter les réformes sociales qu’il avait prévues. Là où l’historien y voit le moyen de pression sur le patronat, un soutien populaire à l’action politique qui a imposé la signature des accords Matignon, cet élève y voit la mauvaise image causée par la cessation temporaire du travail. Je constate donc auprès de mes élèves (voire auprès de certains collègues) que la grève est impopulaire.

Entendons-nous bien, ils seront contents aujourd’hui de découvrir mon absence sur Pronote. Mais il est clair qu’ils voient dans la grève un truc de fainéant, l’aspect passif du « je ne vais pas travailler aujourd’hui ». Ils perçoivent mal l’aspect actif, l’engagement politique du « je lutte pour défendre mes droits ». Manifestement, la grève a mauvaise presse aujourd’hui. Je suis donc allé vérifier à la source d’où vient cette opinion en regardant avec attention le JT de TF1 à la veille de la grande grève de ce jeudi 19 janvier. A travers la place accordée au sujet dans la hiérarchie de l’information et l’angle adopté, mon objectif était de comprendre le rôle social et politique attribué à la grève. Et je n’ai pas été déçu.

Agrandir l’image

Le premier titre est consacré à des chutes de neige en Bretagne, priorité de l’actualité de ce jour donc pour Gilles Bouleau. C’est à se demander de quoi ils parleront quand le réchauffement climatique leur enlèvera le plaisir de cette lapalissade selon laquelle il neige en hiver.

Agrandir l’image

Le deuxième titre évoque la grève: « la grande de débrouille » est le titre, « jour de grève » le sous-titre. La problématique est d’emblée annoncée et elle est fort ambitieuse pour mieux comprendre ce mouvement social et donner à lire ses enjeux: « à la veille de la grande mobilisation contre la réforme des retraites comment allez vous vous organiser? » s’inquiète Gilles Bouleau.  » Comment aller au travail pour ceux qui ne font pas grève et comment garder ses enfants lorsque les écoles sont fermées ? » Ceux qui font grève, j’ai comme l’impression que Gilles s’en tamponne le coquillard.

Car ce « vous » nous range forcément dans le camp des victimes, non pas des victimes de la réforme qui vont potentiellement devoir travailler 2 ans de plus sans compensation mais des victimes de la grève, pauvres salariés empêchés de travailler.

8 minutes après le début du journal, à la suite de bien jolis paysages de Bretagne enneigée et d’interviews de Bretons enneigés eux aussi mais également de camions bloqués qui viennent gâcher la fête, l’entrée en scène de la grève achève de jeter un froid. La problématique se confirme, le point de vue de l’usager déconfit sera bien l’angle adopté.

En effet, le marronnier des JT sur les grèves a encore frappé : le micro va faire le trottoir dans une gare pour interroger des usagers « stressés », « tendus » et « agacés ». Pas par la réforme qui va les faire travailler deux ans de plus sans compensation mais par la grève, pauvres salariés empêchés de travailler. Cela ne les empêche pas d’avoir de l’humour : « RATP rentre avec tes pieds », répond avec une délicieuse malice l’un d’entre eux, quand on lui demande comment il va faire demain. Sur TF1 on informe, mais on sait aussi se marrer.

Les trains en grève après les camions coincés dans la neige, j’ai l’impression qu’on est pas mal bloqués dans ce pays. Puis la voix off rappelle que si la SNCF a pris de l’avance, tous les secteurs publics sont concernés : les cantines, les bus, etc .. Un mouton égaré dans le micro trottoir appelle à ne pas les embêter les grévistes et à les laisser tranquille c’est leur droit. Elle n’a pas l’air très posée cette dame, un chouïa agressive.

Dans l’optique de donner l’impression qu’il reste neutre, Gilles Bouleau feint une balance équitable dans l’organisation du reportage qui suit. En effet, il présente ce reportage en demandant « comment se mobilisent les syndicats hostiles à la réforme et les Français qui y sont favorables ». Car les syndicats ne sont pas français c’est bien connus, sinon ils seraient favorables. Il sont hors sol et étrangers à la société, ce qui les rend hostiles. Pas en désaccord, pas mécontents comme un usager de la SNCF dont le train est annulé, mais « hostiles ».

D’ailleurs, le reportage a choisi de se focaliser sur les éléments les plus radicalement hostiles puisque le syndicat que l’on suit n’est autre que la CFDT. Ils ne font « pas la grève tous les quatre jeudi mais quand ils la font ils y vont », nous indique la syndicaliste interrogée. Et bim prend ça la CGT. Voilà, on a entendu la parole syndicale, on peut passer aux Français. Faudrait pas non plus que ces syndicalistes aient le temps de nous dire pourquoi ils font grève. On les donne à voir 37 secondes, ils appellent des gens au téléphone, puis ils montent dans un camion avec des drapeaux et gilets orange. Au total 3 prises de parole : « c’est l’effervescence » puis la citation déjà évoquée en coup de massue aux autres syndicats puis « hohohohoho ». Une syndicaliste qui s’entraîne dans son camion à chanter dans un micro. Faudrait pas non plus que son chant véhicule un message, même pas un petit « motivé » de Zebda ou un « les oubliés » de notre cher Gauvain Sers.

Au tour des Français maintenant d’être interrogés. Le premier d’entre eux, raisonnable, ne fera pas la grève parce que l’espérance de vie s’allonge : tiens c’est le premier argument que l’on entend dans le reportage et il est en faveur de la réforme. Savourez-le car ce sera aussi le dernier. C’est pourtant plus facile de trouver des arguments contre la réforme à mon humble avis, réforme qui je le rappelle prévoit de nous faire travailler 2 ans de plus sans compensation, mais il faut croire que les micros de TF1 n’ont pas eu la chance de tomber sur quelqu’un qui savait pourquoi il faisait grève. Ou alors ils l’auraient coupé au montage mais ce n’est pas leur style.

Peut-être que n’interroger que des gens aux tempes bien grisonnantes ça aide à trouver des pro-reforme : ils n’auront pas à la subir car ils sont déjà à la retraite. Ils tombent tout de même sur un type qui est contre la réforme mais qui nous explique qu’il ne se mobilisera pas car la grève est un baroud d’honneur et que c’est déjà plié. Un peu démotivant ce monsieur mais il doit savoir de quoi il parle, on l’a trouvé dans la rue devant une baraque à frites. Parmi « ces Français qui sont favorables au recul de l’âge légal à la retraite » d’après la présentation de Gilles Bouleau, on trouve tout de même un type qui malgré ses 60 ans fera grève pour défendre les jeunes. Pas de chance ils sont tombés sur un altruiste, mais on n’en saura pas plus il est coupé.

Revenons-en aux usagers. L’usager suivant, lui, est « en galère » mais il est « habitué ». C’est un usager de l’école, enfin plutôt sa fille, et il devra télétravailler car la maîtresse fait grève. Personne par contre ne pense aux enfants de manifestants dont l’école fait grève. L’heure est grave : 70% des enseignants font grève selon Gilles Bouleau. Mais globalement, la garde des enfants se fait plutôt dans la bonne humeur et ça fait chaud au coeur. Toutefois, le taux de professeurs absents passe subitement de 70% à « les 3/4 » selon la dame qui fait la voix off du reportage et ça fait peur.

En plateau, Gilles Bouleau garde le mot de la fin pour souligner le dispositif de 10 000 policiers déployer pour faire face aux casseurs et blackblocks qui sont attendus dans les cortèges. Serait-il lui aussi un démotivateur? Je n’ose l’imaginer. Le goût du sensationnel et les lois de l’audimat peuvent justifier de montrer des images de violence après les manifestations mais là, clore sur cet avertissement avant même que la manif ait lieu, sans disposer de la moindre image donc, à quoi ça sert ? A démotiver par la peur ceux qui hésiteraient à faire grève et à décrédibiliser ceux qui la font.

La grève aura finalement occupé 7mn de notre temps, soit 15% du journal, à égalité avec la neige en Bretagne. A la 15e minutes du journal, la grève cède la place aux buralistes qui subissent des hold-up, ensuite à la ruée vers les saphirs puis ce sera au tour des pigeons, un casse tête pour les communes. Un petit mot aussi pour des Ukrainiens qui meurent.

Dans ces 7mn, on aura donc longuement évoqué les effets de la grève et son impact négatif sur les usagers, mais à aucun moment la réforme des retraites et son impact (négatif sur les travailleurs) ne sont expliqués. On évoque les conséquences de la grève sans en aborder les causes, sans donner aux acteurs l’occasion d’expliciter leurs motivations. Si les syndicats pointent un problème avec la grève, et bien TF1 en reste à constater la grève. Lorsque le sage pointe la lune avec son doigt, l’idiot regarde le doigt.

Pour résumer, le rôle social et politique attribué à la grève est donc le suivant : emmerder le monde. Circulez (si vous le pouvez), ya rien à voir. A aucun moment l’histoire des conquêtes précédentes acquises par la grève n’est évoquée (faut pas déconner on est sur TF1) ni même l’actualité politique et sociale qui justifie la grève actuelle (tout de même on aurait pu y croire, ça s’appelle un magazine d’information).

De ce visionnage, je retiens 3 points clefs. A qui donnent-ils la parole ? A ceux qui veulent travailler et non à ceux qui font grève. Quel est l’angle adopté ? Il en découle logiquement: les impacts négatifs de la grève et non ceux de la réforme des retraites. On se limite à quelques informations pratiques à destination de ceux qui ne font pas grève (nombre de trains en circulation, idées de génie pour garder les enfants comme les coller à quelqu’un qui télétravaille ou aux grand-parents) et surtout à déplorer les nuisances causées par la grève là où on est sûr de trouver des gens mécontents, c’est à dire sur les quais des gares où les trains sont annulés. Quelle place, enfin, est accordée au sujet? La grève est relayée au second plan après la neige en Bretagne.

Agrandir l’image

Au contraire des grévistes, Gilles, lui, n’arrête jamais de faire son bouleau. Et c’est un bouleau au service du capital: diviser les travailleurs, décrédibiliser la grève, éviter tout débat de fond sur la réforme gouvernementale. Puis évoquer le grand sprint des dromadaires. Décidément avec ce Bouleau, ça bosse !

L’exemple du mouvement des gilets jaunes – Etude comparative de 2 journaux TV

Commencer à 3 min ou 5min38 sur la question de la violence -> 12min

ou 21min49 pour la 2e séquence sur les violences policières -> 26min48

https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/penurie-de-carburants/gilets-jaunes-a-paris-des-affrontement-entre-forces-de-l-ordre-et-manifestants_3091243.html

La construction des sondages, récapitulatif du travail de Luc Bronner dans son enquête pour Le Monde 2021

Putain d’usine

Introduction Présentation de JP Levaray

20190930_093451

 

1/ Lecture de l’extrait Ça pue Rouen !

dans Pour en finir avec l’usine de JP Levaray

Discussion

2/ Extrait de la BD concert 1e chapitre

 

3/ Le manque d’investissement dans ces usines

20190930_09520620190930_095212

4/ Les conséquences de cet abandon

20190930_09511920190930_09512820190930_09513920190930_095149

AZF Toulouse

20190930_10073520190930_10074420190930_10075520190930_100801

 

Bonus Extrait du documentaire de Jean Pierre Levaray

Conclusion

Warren Buffett est l’actionnaire principal de Lubrizol

warren-buffett-graphic-480

Etude du journalisme

Partie 1 – Le journalisme d’en haut

Question 1/ Que dénonce Paul Nizan ?

 

Question 2/ Comment voit-on l’ironie ?

Question 3/ Quels sont les points communs et les rapports entre les journalistes et le personnel politique?

 

Partie 2 Les journalistes précaires

Structure des contrats de travail dans le journalisme

1960

2011

CDI

85,00%

74,20%

CDD

2,00%

4,00%

Pigiste

8,00%

16,50%

Non réponse

5,00%

5,20%

Total

100,00%

100,00%

Question 1/ Quelle est l’évolution des Pigistes en 51 ans ?

Question 2/ Donnez approximativement une donnée représentant la précarité chez les jeunes journalistes aujourd’hui.

pgiste

Document 3 Site Acrimed

Précarité des journalistes : l’information minée

Les patrons de presse recourent de plus en plus à des personnels précaires : multiplication des collaborations à la pige et des « pigistes permanents », développement des CDD renouvelables, temps partiel imposé (en particulier aux femmes), qualifications fantaisistes, embauches sur contrats dits de formation, remplacements ou « stages » non payés… De nombreux postes de travail sont ainsi affectés en permanence à une main-d’Ïuvre flexible, corvéable et sous-payée.

La précarisation galopante d’une profession

Ces chiffres minimisent la précarisation : un nombre croissant de journalistes, n’ayant pas le revenu suffisant, n’ont pas la carte de presse et ne sont donc pas comptabilisés dans les statistiques de la profession.

Le parcours professionnel aussi connaît un changement structurel. S’ils pèsent pour un sixième dans les détenteurs de la carte de presse, les pigistes représentent, en 1994, un tiers des premières demandes acceptées. « Le passage par la pige, puis par le stage, prend une importance croissante au fur et à mesure de l’arrivée de classes d’âge plus jeunes . »

Des conditions qui se dégradent

71 % des pigistes interrogés par le SNJ estiment que leur situation professionnelle se dégrade. Les symptômes avancés sont la baisse du volume des piges, la diminution de leur nombre, la baisse des tarifs ou l’absence d’augmentation, la suppression de titres, la diminution des remboursements de frais, l’augmentation des délais de paiement, la multiplication des supports qui ne paient pas en salaire… Quand on les interroge sur les principales difficultés qu’ils rencontrent, les pigistes évoquent l’argent (délais de paiement trop longs, tarifs trop faibles, commandes non payées…), l’organisation du travail (impossibilité de planifier, contact difficile avec les employeurs, isolement…), le respect de la législation, la reconnaissance professionnelle.

Des articles de plus en plus courts

Si les délais de paiement s’allongent (le plus souvent la fin du mois de parution ou la fin du mois suivant 2), les délais d’exécution se raccourcissent, la contagion du zapping aboutit à des commandes d’articles moins longs (donc moins payés) sur des sujets nécessitant des enquêtes aussi lourdes qu’avant. « Il faut travailler plus pour gagner autant [2]. » Ainsi, le pigiste rédacteur est payé au feuillet (1500 signes). Le minimum syndical est fixé à un peu plus de 300 francs brut. En réalité, beaucoup de pigistes perçoivent difficilement le Smic ; nombre de supports ne respectent pas les tarifs syndicaux, certains paient même le feuillet moins de 100 francs.

En quoi la structure des emplois chez les journalistes affectent leurs travail ?

 

Chapitre 3 : La concurrence imparfaite sur les marchés

Introduction 

I Qu’est-ce que le monopole ?

1.1. La diversité des monopoles

1.2 Représentation graphique de l’équilibre du monopole

II Qu’est-ce que l’oligopole ?

2.1 Définition et formes

2.2 Le dilemme du prisonnier explique pourquoi s’entendre est rationnel

III La politique européenne de la concurrence

3.1 Les différentes instances de surveillance

3.2 La réglementation concurrentielle

3.3 Les privatisations des services publics, quel bilan ?

Dossiers documentaires (à retrouver en version numérique sur le site Le Monde des SES) :

Dossier 1 : Faut-il un monopole public ? L’exemple de la SNCF

Dossier 2 : Faut-il interdire les monopoles privés et les oligopoles ?

Dossier 3 : Faut-il privatiser les services publics ?

Conclusion

Mots clés : Monopole, pouvoir de marché, abus de position dominante, Oligopole, politique de concurrence, entente, fusions, barrière à l’entrée

Bibliographie :

Smith Adam, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776

Walras Léon, Éléments d’économie politique pure, 1874

Bernard Maris, Antimanuel d’économie, 2004

Ivan Le Roy, Orange stressé, 2009

Filmographie : voir les liens ci dessous

Gilles Balbastre, main basse sur l’énergie, 2018

Gilles Balbastre, gaz et flouze à tous les étages, 2019


Cours inversé

I  Qu’est-ce que le monopole ?

L’équilibre du monopoleeq monopole

II Qu’est-ce que l’oligopole ?

Dilemme du prisonnier

1 \ 2

Le suspect n° 2 se tait Le suspect n° 2 dénonce
Le suspect n° 1 se tait Les deux font 6 mois de prison

1 fait 10 ans de prison ; 2 est libre

Le suspect n° 1 dénonce 1 est libre ; 2 fait 10 ans de prison Les deux font 5 ans de prison.

III La politique européenne de la concurrence

Dossier 1 : Faut-il un monopole public ? L’exemple de la SNCF

Document 1 : la SNCF : un monstre ferroviaire en situation de monopole

Des prix qui augmentent et une qualité de service qui ne cesse de baisser : voilà le constat que dressent les millions de passagers contraints de prendre le train pour aller travailler. Selon un sondage Ipsos d’avril 2014, 69 % d’entre eux estiment que l’ouverture à la concurrence est le seul moyen de parvenir à une baisse des prix, à moins de retards et à moins de grèves.

La grève ! Comme les saisons, elle revient immanquablement dans le calendrier de la SNCF, généralement en période de vacances, pour mieux pénaliser les familles. La dernière, celle de juin 2014, a coûté plus de 200 millions d’euros à l’entreprise publique, l’équivalent du prix de 7 rames de TGV ou de 10 trains neufs pour l’Île-de-France.

Une productivité 30 % inférieure à celle de ses concurrents

[…] L’activité transport de la SNCF stagne dans l’Hexagone. Elle a reculé de 1,1 % en 2014 alors que la marge opérationnelle du TGV se tassait autour de 10 %, soit près de 7 points perdus en l’espace de sept ans. De quoi inquiéter quand on sait que les recettes du TGV constituent la première source de revenus de l’entreprise dans la branche voyageurs.

Le bond du chiffre d’affaires enregistré l’année dernière est un trompe-l’oeil. Il résulte de la hausse de 3 points de la TVA. Hors cet effet « taxe », le chiffre d’affaires de la société régresse. Intercités, TER, Transilien, grande vitesse, le recul est général. Pour redresser ses comptes, la SNCF a préféré réviser son plan de lignes plutôt que de mettre l’ensemble de ses 245 000 collaborateurs au travail. Des salariés habitués pour certains à se la couler douce. Selon un rapport interne de la SNCF, la productivité de ses agents est inférieure de 30 % à celle de ses concurrents européens. En cause, un coût moyen par agent élevé, un nombre journalier d’heures travaillées insuffisant et des effectifs trop fournis, notamment dans les bureaux.

Des cars à la place des trains ?

Si les contribuables attendent toujours de voir les effets de la « mise à plat » promise par Guillaume Pepy, ils n’ont pas eu à attendre pour mesurer les conséquences de la révision du « plan de lignes » de la SNCF. […] . La SNCF envisagerait, par exemple, de réduire la fréquence moyenne des trains Intercités de 50 %, de supprimer six lignes, dont Caen-Le Mans-Tours et Bordeaux-Clermont-Ferrand-Lyon, de supprimer 50 % des trains sur la ligne Paris- Troyes, de clore des lignes en Bretagne, et dans le sud, de fermer des gares comme à Quillan (Aude)… Toutes ces lignes seront-elles remplacées par des trajets en car ? Contrairement à la Deutsche Bahn qui va étendre son réseau (+ 25 %) d’ici à 2030 pour lutter contre la concurrence du car, la SNCF n’a pas caché son intention de profiter des effets de la loi Macron. Des lignes de bus à la place des trains Intercités ? « A nous de vous faire préférer le train » promettait pourtant l’entreprise voici encore moins de deux ans !

Alexis Constant, www.lesenquetesducontribuable.fr, 2015/06/08

Document 3 : SNCF : seuls 54% des clients se disent « satisfaits »

C’est le résultat d’une enquête annuelle de UFC-Que choisir. Elle montre que le taux a chuté de 19 points en dix ans. Pour 2015, le TGV s’en sort bien, ce n’est le cas ni des TER, ni des trains de banlieue. Voici une courbe qui devrait faire réfléchir au siège de la SNCF. Celle du taux de satisfaction des « usagers » que mesure depuis plusieurs années à travers ses enquêtes l’association de consommateurs UFC-Que choisir. Résultat : le taux de satisfaction des clients de la SNCF est passé de 73% en 2006 à 63% en 2012 et à 54% cette année. Soit un recul de 19 points en dix ans ! Un taux de satisfaction de 54 %, c’est aussi un « taux d’insatisfaits » de 46 %. Ce qui fait beaucoup de monde pour une entreprise qui transporte chaque jour 4 millions de personnes. Dans le détail, l’enquête 2015 montre que si le TGV s’en sort plutôt bien (65% de satisfaits), ce n’est pas le cas du TER (50%) et encore moins des trains de la banlieue parisienne (38%).


Première cause de ce désamour : les tarifs jugés trop élevés par de nombreux usagers. L’enquête souligne notamment ce paradoxe : plus le voyage est court, plus le tarif est élevé. L’explication étant que sur les distances les plus courtes – un TGV Paris-Le Mans par exemple, la SNCF est en situation de quasi monopole alors que sur un Paris-Nice, elle entre en concurrence avec l’avion.

Tarifs, ponctualité, propreté

Les clients se plaignent aussi du rythme des hausses de tarifs : « Mon billet était à 25 euros. Maintenant, c’est entre 35 et 50 euros », déplore cette voyageuse citée par RTL qui publie jeudi les résultats de l’enquête. Pour 2015, la SNCF a décidé d’augmenter de 2,6 % prix des billets TGV (hors Prem’s), Intercités et TER. Ceci, alors que le rythme d’inflation sur douze mois se situait à +0,1% en décembre.

Autres points noirs : la ponctualité des trains jugée défaillante (le taux est de 75 % pour les TER en Rhône-Alpes), un problème récurrent et leur propreté, parfois douteuse. « Ce n’est parce que l’on est sur des petites lignes moins prestigieuses que Bordeaux, Lyon ou Marseille qu’il faut nous négliger », déplore une autre passagère.

Lesechos.fr

Document 4 : SNCF : la hausse des prix provoque la colère des consommateurs

Les tarifs des billets de train vont augmenter de 2,6 % à partir de 2015. En revanche, les tarifs des cartes de réduction, les abonnements forfaits et étudiants, élèves et apprentis, ainsi que ceux des billets Prem’s, ne changent pas.

Cette fois encore, les Français devraient pester contre la nouvelle hausse de 2,6 % des tarifs de la SNCF, qui s’appliquera dès le 31 décembre. […] Les arguments de la direction de la SNCF pour justifier cette nouvelle hausse du prix des billets sont connus : les investissements colossaux pour renouveler les infrastructures et le matériel… et une «année blanche» en 2014 au cours de laquelle l’entreprise s’était contentée de répercuter la hausse de la TVA de 7 à 10 % décidée par le gouvernement, avec une hausse de 2,80 %… […]

Une qualité de service en «recul» pour la SNCF

L’Avuc (Association des voyageurs usagers des chemins de fer) accueille pour sa part «avec colère» cette majoration tarifaire, estimant que «ce sont les voyageurs du quotidien, ceux qui utilisent le train pour aller travailler qui font les frais de cette augmentation» […]. Elle ajoute qu’elle intervient alors même que la qualité de service de la SNCF est en «recul», déplorant une «baisse des effectifs dans les gares», la «fermeture de guichets» ou encore la «disparition des contrôleurs dans les trains» et les «suppressions de dessertes». […]

Hausse défendue bec et ongles par le gouvernement

Après le secrétariat d’État aux Transports, le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie a défendu, à son tour, samedi la hausse des tarifs de la SNCF, arguant de la nécessité d’améliorer la qualité du service aux voyageurs. «Cette hausse de 2,6% s’avère nécessaire à l’amélioration de la qualité du service offert aux voyageurs, car, en 2014, seule la hausse de la TVA avait été répercutée sur le prix des billets», estime-t-il dans un communiqué alors que cette augmentation a suscité la colère de l’Avuc (Association des voyageurs usagers des chemins de fer). […] «La SNCF va ainsi pouvoir poursuivre ses investissements en termes de maintenance, sa priorité, ainsi que ses investissements sur le matériel, les systèmes d’information et la relation clients», justifie le ministère de l’Energie. Le gouvernement insiste bien sur le fait que cette hausse, qui entrera en vigueur dès le 31 décembre, ne s’appliquera pas sur l’ensemble des tarifs, «mais uniquement sur les tarifs pleins».

Document 5 : « Rail : la CGT au cœur de la bataille du service public »

Dans un contexte de réforme ferroviaire initiée par le gouvernement Ayrault et d’élaboration par Bruxelles d’un quatrième paquet ferroviaire clairement orienté vers la libéralisation du transport de voyageurs, le 42e congrès de la fédération CGT des cheminots, qui s’est achevé vendredi, s’est inscrit dans la défense d’un véritable service public de transport ferroviaire, garant d’une qualité de service et d’une sécurité de haut niveau, producteur de richesses et enjeu fondamental de l’égalité d’accès aux transports pour tous. À longueur de débats et de tables rondes, les cheminots ont réaffirmé leur détermination à porter haut et fort la proposition de la CGT pour une autre réforme du ferroviaire : la voie du service public. Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, a salué « une fédération historique de la CGT » et des cheminots « qui ont façonné l’image de notre pays, ont contribué à son développement, au désenclavement des territoires, au progrès ». Un hommage rendu au service public ferroviaire, « nécessaire au bien-vivre, au bien-vivre ensemble », a déclaré Thierry Lepaon, rappelant que « le système ferroviaire doit être construit au service des populations et des territoires ». Contre un projet de réforme qui éclate le système ferroviaire en trois établissements publics et face à des directions de RFF et de la SNCF bien trop pressées de le mettre en œuvre sans respecter le temps de la démocratie et du débat parlementaire, les cheminots de toute la France, à l’appel de l’intersyndicale CGT-Unsa-SUD rail, seront en grève le 12 décembre. « Il faut que Frédéric Cuvillier (ministre délégué au Transports – NDLR) revoie sa copie de toute urgence », a insisté Gilbert Garrel, le secrétaire général 
de la fédération, reconduit dans ses fonctions à l’occasion de ce 42e Congrès. Car « cette réforme, en plus d’éclater le système de gouvernance, ne règle en rien la dette du ferroviaire, ignore totalement la question fondamentale de la relance du fret et ne donne aucune garantie sociale aux cheminots », a-t-il ajouté.

MARION D’ALLARD, LUNDI, 2 DÉCEMBRE, 2013, L’Humanité

Document 6 : « Privatisation et chemin de fer : l’exemple britannique »

En 1996, la privatisation des chemins de fer britanniques fut, en Europe occidentale, le premier exemple de privatisation d’un service public ferroviaire d’importance nationale. Quelques années à peine après l’ouverture à la concurrence du réseau ferré national  français (environ une dizaine d’opérateurs privés circulent sur le réseau ferré national français, au côté de l’opérateur historique qu’est la SNCF) et les récents incidents graves, il convient de s’appuyer sur l’exemple anglais pour mieux comprendre ce qui se passe ici en France.

Les conséquences pour les usagers britanniques

La privatisation de British Rail, (l’équivalent de la SNCF), est devenue le symbole de ce que les privatisations peuvent avoir de désastreux. À l’époque, les financiers prétendaient que le secteur privé fournirait un service plus efficace, de meilleure qualité et moins cher (!)… mais aussi les investissements considérables dont les chemins de fer ont besoin. Il n’en fut strictement rien. Pour augmenter les sources de profits et les dividendes qu’exigent les actionnaires, les dirigeants de ces nouvelles entreprises n’eurent – dans ce cadre – pas vraiment de choix. Les tarifs augmentèrent, les investissements chutèrent en flèche, deux tiers des emplois cheminots furent supprimés et les coûts de maintenance fûrent réduits en deça du minimum nécessaire à la sécurité des circulations. Le nombre d’accidents monta (parallèlement à la courbe des profits toujours plus élevés, comme le fit remarquer les cheminots britanniques) rapidement. Plusieurs d’entre eux furent spectaculaires et causèrent de nombreuses morts.

Parmi eux, l’accident de Southall, en 1997. Cet accident aurait pu être évité si un système de sécurité qui arrête les trains automatiquement en cas de franchissement d’un signal d’arrêt avait été installé, comme demandaient les syndicats cheminots britanniques. Les actionnaires jugeaient ce système trop coûteux.

Ce système est obligatoire en France, sauf pour certains engins de manoeuvre. Celui de Hatfield en octobre 2000 fut causé par la rupture d’un rail dont la défaillance était connue. Il y avait déja eu 90 déraillements (!) au cours des douze mois précédents. Le remplacement du rail en question avait déja été prévu – son remplaçant était posé à côté de la voie – mais ne faisait pas partie des priorités de Railtrack (la compagnie privée gestionnaire du réseau) qui y voyait la, un « coût » et non pas une obligation ! La fragmentation du réseau obligea également les usagers à devoir prendre plusieurs abonnements, plusieurs billets, en fonction des différentes compagnies la où il n’en fallait qu’un seul avant.

Et pendant ce temps, à la SNCF?

Bien sur, des accidents ont eu lieu sur le réseau ferré national, y compris du temps du monopole SNCF. En revanche, quitte à payer un prix fort, elle put se permettre de mettre en place des mesures concrètes pour empêcher la répétition de ceux-ci. Ainsi, après l’accident de la Gare de Lyon en 1988, la SNCF modifia sa réglementation, renforça les tests psychologiques effectués sur les conducteurs, installa des nouveaux heurtoirs. Elle ordonna l’accélération de l’installation du système KVB (contrôle de vitesse par balises) sur tout le réseau ferré national.

Les opérateurs privés de fret en France et les conséquences à la SNCF

La mise en concurrence en France commencent à produire ses effets. Veolia CARGO a été impliqué dans ce qui aurait pu être une catastrophe ferroviaire en 2008 à Montauban. Les essais de freins (coûteux) avaient été bâclés entre autres erreurs graves. Aujourd’hui, c’est Euro Cargo Rail qui heurte un train Fret de la SNCF, blessant l’agent de conduite SNCF qui a failli y laisser sa peau.

Et si ce train avait heurté un train de voyageurs?

A la SNCF aussi, les dirigeants poussent vers la même chose que leurs concurrents du privé. Ils taillent dans les coûts de maintenance, formation, mesures de sécurité, suppriment du personnel. Ils organisent également le transfert de charge en interne, de l’opérateur « historique » de Fret (qui représente tout de même plus de 90 % du trafic et n’est pas près de perdre sa place de leader), vers des filiales de droit privé SNCF. Ces filiales représentent à elles toutes seules, en volume, l’équivalent de tous les autres opérateurs privés. Dans le privé, les cheminots travaillent avec les moyens et les conditions que leur imposent leur patrons. Ce n’est pas sans raisons que dans plusieurs de ces entreprises – même si beaucoup reste à faire – ils ont fait le choix de s’organiser syndicalement pour se faire respecter. Et ils ont bien raison et nous aurions tort de faire porter la responsabilité à ces salariés qui, contrairement à leurs patrons, ne sont pas des dangers publics.

Conclusion d’un usager du chemin de fer

S’il doit être donné parole à un usager, que je me permette en tant que tel de dire la chose suivante : de la concurrence, je n’en veux PAS ! Une pensée toute particulière pour l’agent de conduite blessé lors de l’accident.

Le Monde.fr privatisation-et-chemin-de-fer-l-exemple-britannique 23/05/2005

Document 7 : « les monopoles naturels »

Le cas des monopoles naturels est plus complexe à gérer pour les autorités. La présence d’un seul producteur est la solution la plus efficace si les économies d’échelles sont fortes, et l’État n’a donc pas intérêt à les démanteler. L’État ne peut pas non plus imposer une tarification au coût marginal car cela entraînerait la faillite du monopole. Mais sans aucune intervention de l’État, le monopole va fixer un tarif élevé au détriment au détriment du bien-être collectif.

Le coût moyen est élevé pour des faibles niveaux de production car il existe en règle générale des coûts fixes importants dans les cas de monopoles naturels. La première unité coûte très chère à produire en raison de frais d’équipements ou de recherche élevés mais ensuite les unités supplémentaires sont peu onéreuses ce qui contribue à faire diminuer le coût moyen au fur et à mesure que la qualité produite augmente.

On envisage parfois de nationaliser les monopoles naturels afin que l’État contrôle la politique tarifaire du monopole, soit en proposant des tarifs équivalents au coût marginal de production et en couvrant les pertes, soit en imposant un tarif égal au coût moyen de production de telle manière que le profit soit nul. La nationalisation des réseaux ferrés de France a été justifiée de cette manière par exemple.

La microéconomie en pratique, E. Buisson-Fenet et Marion Navarro

Document 7 : « les monopoles naturels »

Le cas des monopoles naturels est plus complexe à gérer pour les autorités. La présence d’un seul producteur est la solution la plus efficace si les économies d’échelles sont fortes, et l’État n’a donc pas intérêt à les démanteler. L’État ne peut pas non plus imposer une tarification au coût marginal car cela entraînerait la faillite du monopole. Mais sans aucune intervention de l’État, le monopole va fixer un tarif élevé au détriment au détriment du bien-être collectif.

Le coût moyen est élevé pour des faibles niveaux de production car il existe en règle générale des coûts fixes importants dans les cas de monopoles naturels. La première unité coûte très chère à produire en raison de frais d’équipements ou de recherche élevés mais ensuite les unités supplémentaires sont peu onéreuses ce qui contribue à faire diminuer le coût moyen au fur et à mesure que la qualité produite augmente.

On envisage parfois de nationaliser les monopoles naturels afin que l’État contrôle la politique tarifaire du monopole, soit en proposant des tarifs équivalents au coût marginal de production et en couvrant les pertes, soit en imposant un tarif égal au coût moyen de production de telle manière que le profit soit nul. La nationalisation des réseaux ferrés de France a été justifiée de cette manière par exemple.

La microéconomie en pratique, E. Buisson-Fenet et Marion Navarro

Document 8 : le comportement d’un monopole

prix monopole

Dossier 2 : Faut-il interdire les monopoles privés et les oligopoles ?

Document 1 page 34 Faire les questions

Document 3 page 35

Document 4 page 35

Document 1 page 36

Document 2 page 38

Document 1 page 40

Document ci-joint:Du monopole aux lois antitrust

loi antitrust

Dossier 3 : Faut-il privatiser les services publics ?

Document 4 page 37 du manuel

Document 1 Pourquoi il faut privatiser

N° 107 • 24 novembre 2010 • l’équipe de la Fondation iFRAP

À l’heure où tous les pays occidentaux sont contraints de mettre en place des plans de rigueur sans précédent pour redresser les comptes publics minés par la crise économique de 2008, l’annonce des mesures chocs du plan Cameron en Grande-Bretagne, fin octobre 2010, remet au cœur des débats sur la maîtrise des dépenses publiques la question des privatisations. 

Avec un objectif de réduction de dépenses de 81 milliards de livres (en livres constantes) d’ici à 2014, on mesure les coupes que le tout jeune gouvernement va devoir mener. Comment va-t-il s’y prendre ? En relançant les privatisations et en réduisant le périmètre de l’Etat.

Les privatisations étaient déjà un mouvement de fond dans les années 1980-1990 et ont touché de nombreux pays qui ont diminué la part des prélèvements publics en réduisant le poids des entreprises publiques grâce à la libéralisation des activités économiques et financières et l’ouverture du capital des opérateurs publics. Mais trente ans plus tard, ce mouvement ne suffit plus pour faire baisser durablement l’emprise des dépenses et des prélèvements publics. C’est le chantier des « privatisations fortes » qu’il faut désormais ouvrir, c’est-à-dire des privatisations qui transfèrent au secteur privé non seulement la gestion d’une activité publique, mais tout ou partie de l’activité elle-même, qui n’est plus décidée par des choix politiques. En remettant en cause le principe même d’interventions publiques, comme en plafonnant par exemple le montant des allocations que peut percevoir un citoyen britannique, le gouvernement de David Cameron nous montre la voie d’un débat que notre pays ne pourra plus éviter avec 56 % de dépenses publiques rapportées au PIB.

Document 2 Cécile Ducourtieux  2009 Le Monde

« Orange stressé. Le management par le stress à France Télécom », d’Ivan du Roy : les « cassés » de France Télécom

Pourquoi un tel mal-être chez France Télécom ? Pourquoi certains salariés en arrivent-ils à se suicider – vingt-quatre depuis début 2008 ? L’auteur tente de répondre à ce paradoxe apparent dans un ouvrage documenté. Pourquoi un tel mal-être chez France Télécom ? Pourquoi certains salariés en arrivent-ils à se suicider – vingt-quatre depuis début 2008 ? Ils travaillent dans une société du CAC 40, dans des métiers d’avenir – le téléphone mobile, Internet – et plus des deux tiers ont la sécurité de l’emploi – ils sont fonctionnaires. Le journaliste Ivan du Roy tente de répondre à ce paradoxe apparent dans un ouvrage documenté. L’auteur a longuement interrogé les membres de l’Observatoire du stress créé en 2007 par les syndicats SUD et CFE-CGC. Il veut montrer que c’est un « système », un « management par le stress », qui a été instauré par l’opérateur de télécommunications. Son but ? Décourager et pousser au départ des fonctionnaires impossibles à faire partir à l’aide d’un plan social. La privatisation de France Télécom est une des principales racines du mal, explique l’auteur. Décidée au début des années 1990, elle commence en 1997, avec l’introduction en Bourse du groupe. De là date l’abandon brutal d’une certaine culture du service public, où il s’agit de satisfaire un usager, quitte à y passer du temps, pour une course à la rentabilité. La montée du stress est perceptible dès cette époque. Premiers touchés : les techniciens. Souvent âgés, ils ont participé à la construction du réseau de téléphonie fixe, dont beaucoup sont si fiers. A l’époque – de 1975 à la fin des années 1980 -, l’administration des télécommunications était empreinte d’une forte culture technique, relativement égalitaire. Les carrières étaient sans surprise : on débutait à Paris, on terminait en province. A partir de 1996 commence la conversion forcée vers les métiers jugés prioritaires par la direction. En 1996-1997, 13 % des effectifs passent ainsi au commercial et à l’informatique. De 1997 à 2002, plus de la moitié des effectifs changent « radicalement de métier », selon le mot de Michel Bon, PDG au début des années 2000. En 2008, les métiers techniques ne mobilisent plus que 28 % du personnel.

L’auteur raconte comment ceux qui résistent sont « cassés » : placardisés, ballottés d’un poste à l’autre. Depuis 2002, chaque salarié de France Télécom change de poste tous les vingt-sept mois en moyenne et de lieu de travail tous les trente mois, assure-t-il. Les conséquences ? Un nombre alarmant de suicides, un taux de démissions qui monte en flèche (4,4 % des départs en 2005 et 15,3 % en 2008). Et, en moyenne, presque un mois d’arrêt maladie par salarié en 2008 !

Document 3 Le Figaro La privatisation d’Aéroports de Paris, bonne affaire ou «erreur stratégique»? Wladimir Garcin-Berson 2019

La privatisation du groupe ADP a été l’une des mesures les plus contestées tout au long de l’examen de la loi Pacte au Parlement. Alors que le Conseil constitutionnel vient de valider le projet de référendum d’initiative partagé, tour d’horizon des principaux arguments présentés.

La validation par le Conseil constitutionnel du projet de référendum d’inititiative partagé sur la privatisation d’Aéroports de Paris a remis sur le devant de la scène la question explosive de la participation de l’État au sein de cette entreprise qui gère notamment les aéroports parisiens de Roissy et d’Orly.

● L’inquiétude stratégique sur la question des frontières

C’est la pomme de discorde: de la France Insoumise aux Républicains, en passant par les communistes et les socialistes, tous s’inquiètent de ce qui est qualifié «d’abandon d’une entreprise stratégique». Pour le porte-parole du PS Boris Vallaud, l’État risque de perdre le contrôle de «l’une des frontières les plus importantes de notre pays»: «ADP est la porte de la France, donner ses clefs à un acteur privé revient à un renoncement à l’essence même de l’État, qui est de gérer les frontières», s’exclame au Figaro la députée, chef du groupe Socialistes et apparentés et ancienne rapporteur du budget Valérie Rabault. Pour la députée socialiste, ce point explosif a réussi l’exploit de rassembler toutes les oppositions contre LREM. «S’il y a un attachement aussi fort à ADP, ce n’est pas pour rien: on ne peut pas soupçonner quelqu’un comme Gilles Carrez de faire de la politique politicienne! Notre inquiétude est réelle», lance-t-elle. Durant les débats, il a été rappelé à de nombreuses reprises qu’une écrasante majorité des nations dans le monde gardaient leurs aéroports sous la férule étatique, entre autres pour des questions de sécurité intérieure. «Que les boutiques soient gérées par le privé, ça m’est égal: mais l’État doit nous apporter des garanties suffisantes prouvant que le régalien reste public», considère Valérie Rabault.

Bercy l’assure pourtant: «la police aux frontières, la sécurité des aéroports et le contrôle des personnes resteront sous contrôle de l’État». Pas question de transmettre ces missions relevant de la «souveraineté nationale» au privé, de même que la «régulation du transport aérien». «Le cahier des charges prévu est strict, il viendra compléter les missions de sécurité des personnes et de contrôle aux frontières qui resteront, bien entendu, de la seule responsabilité de l’État», a martelé Bruno Le Maire à l’Assemblée. Des déclarations qui n’ont pas manifestement pas suffi à rassurer l’opposition.

● L’incertitude financière: «poule aux oeufs d’or» ou «logique rentière»?

En 2018, le groupe ADP était la 2ème participation financière de l’État actionnaire, en valeur, à 9,7 milliards d’euros, derrière les 30 milliards d’euros d’EDF. Financièrement, ADP se porte bien, voire très bien, avec un chiffre d’affaires consolidé, en 2017, de 3,6 milliards d’euros, et un résultat net en progression. Actionnaire majoritaire avec 50,63% des parts, l’État a perçu, en 2017, 173,4 millions d’euros de dividendes, selon l’Agence des participations de l’État (APE), une somme certes importante, mais qui reste inférieur comparé aux gains reçus d’autres entreprises comme Safran (340 millions d’euros), PSA (431 millions d’euros) ou Renault (916 millions d’euros). Sur le court terme, le groupe ADP risque également de faire face à de forts besoins en capitaux: «le niveau d’investissement demeure très élevé», relevait l’APE dans son dernier rapport, quand le groupe lui-même prévoit, dans ses résultats annuels, une hausse importante de ses investissements pour «accueillir la croissance du trafic» attendue dans les années à venir. De grands chantiers aéroportuaires sont notamment planifiés à Roissy et Orly, en prévision des Jeux olympiques de Paris 2024. Autant de dépenses qui pourraient peser dans les résultats à venir.

L’argument financier n’est finalement pas le plus important, pour les opposants, qui estiment toutefois que renoncer à ce butin, tout particulièrement dans le contexte de ralentissement économique actuel, revient à abandonner une «poule aux œufs d’or» sans raison valable: «Vendre des bijoux de famille qui versent des dividendes à l’État alors que ce même État emprunte à des taux extrêmement bas voire à des taux négatifs, cela n’a aucun sens», dénonçait ainsi le député et porte-parole du Parti socialiste Boris Vallaud lors des discussions, qualifiant cette décision «d’aberrante, d’un point de vue économique». Pour le gouvernement, la privatisation se justifiera sur le long terme: l’État passera d’une logique de rentier, recevant des fonds chaque année, à une logique d’investisseur actif. Une partie de l’argent reçu grâce à la privatisation sera ainsi reversé au Fonds pour l’innovation et l’industrie, créé en janvier 2018 et qui doit financer des innovations dites «de rupture» ainsi que le renouveau industriel dans l’Hexagone. «La dotation du FII proviendra en grande partie de cessions de participations du portefeuille de l’APE», prévoyait Bercy dès la création de ce dispositif. En parallèle, le reste de cette somme servira à améliorer les finances du pays, dont la dette publique approche lentement mais sûrement des 100% du PIB, sous l’oeil vigilant de Bruxelles.

● La baisse de la qualité du service

C’est une pierre d’achoppement majeure: pour l’opposition, qui dit privatisation dit logique de rentabilité, et, in fine, risque de baisse de la qualité du service. «La vague des privatisations de grands aéroports mondiaux est un motif d’inquiétude», soulignait par exemple le député communiste Pierre Dharréville durant les discussions: pour la gauche, transmettre la gestion d’activités d’ADP équivaut à mettre en péril un groupe qui relève du service public, et qui ne devrait donc pas répondre à des critères de maximisation du profit.

La majorité certifie toutefois avoir, là encore, tiré les leçons du passé: la privatisation du groupe ADP ne se fera ni au détriment de la qualité du service rendu, ni en échange d’une hausse des prix, certifie-t-on. Au contraire, même, le secteur privé étant meilleur gestionnaire: «lorsqu’on compare un tarif, il faut aussi comparer un service. Or, dans le classement international, la société ADP n’est hélas pas très bien notée» à ce jour, justifiait ainsi le ténor (UDI) de la commission des Finances Charles de Courson. L’exécutif considère également qu’ADP pourra se développer plus librement et avec une agilité renforcée, en marge de la puissance publique.

● Un outil d’aménagement du territoire

A l’échelle nationale, certains élus s’inquiètent enfin des répercussions de la cession sur la cohésion de l’Hexagone. «Si vous maintenez une logique de rentabilité, vous préférerez faire passer de gros avions, rapportant des taxes plus importantes. Sur le long terme, cela vous pousse à lâcher les lignes internes, moins importantes, moins rentables, et cela pose un réel problème d’aménagement pour des territoires déjà moins connectés», résume Valérie Rabault, qui voit dans ADP un «outil de pilotage du territoire». À l’échelle locale, ADP est également «un aménageur», au cœur de projets essentiels pour le Grand Paris: «c’est pour cette raison que l’entreprise doit rester la propriété d’une collectivité publique», assénait Boris Vallaud dans l’Hémicycle. Tous ces arguments ont été répétés durant plusieurs semaines par les différents partis, qui n’ont pu arriver à un accord. Le débat reste toujours aussi tendu, après plusieurs mois de discussions: «L’exécutif n’a rien appris du tout après la privatisation des sociétés d’autoroutes. Qu’ils arrêtent de nous raconter des histoires», tempête ainsi Valérie Rabault.

Document 4 La théorie économique de la privatisation dans le cas général, F. Marty, CAIRN, 2007

Les arguments théoriques en faveur des privatisations reposent en fait sur la comparaison des coûts liés aux défaillances de marché et ceux occasionnés par les défaillances de la gestion publique. Une première infériorité de la gestion publique vis-à-vis de la gestion privée tient à l’incapacité de la tutelle publique à fournir des objectifs clairs au manager public. Une telle caractéristique peut être considérée, dans le cadre d’une relation d’agence(*) entre l’État (le principal) et le manager public (l’agent), comme susceptible de susciter des incitations sous-optimales pour ce dernier. Dans le cadre des modèles d’incitations, on considère en effet que, du fait du caractère incomplet et asymétrique de l’information, le principal ne peut observer efficacement si l’agent met effectivement en œuvre les efforts nécessaires pour remplir ses obligations (Holmström, 1979). Il s’agit donc de le placer dans le cadre d’une structure incitative permettant d’aligner ses intérêts avec ceux du principal étatique (Baron et Myerson, 1982). Cependant, ce tête-à-tête, qui n’est pas propre, loin s’en faut, à la gestion publique, est cependant ici compliqué par de nombreuses caractéristiques spécifiques. Par exemple, l’État peut être à la fois considéré comme l’actionnaire et le régulateur(*), ce qui ne va pas aller sans susciter d’éventuelles contradictions en matière de choix stratégiques. De plus, il convient d’insister sur le fait que l’État est un acteur que l’on ne saurait considérer comme monolithique. Le manager public d’une entreprise énergétique est un agent qui est soumis au contrôle non pas d’un mais de plusieurs principaux. Il est en effet possible de distinguer au moins trois tutelles étatiques aux intérêts souvent contradictoires (dans le cas d’EDF, les ministères des finances, de l’industrie et de l’environnement). Or, lorsqu’un agent est soumis à plusieurs principaux, il peut facilement se jouer de leurs supervisions respectives (Laffont et Tirole, 1991) et risque de devenir un agent sans principal…Les problèmes d’agence qui se posent en matière de gestion publique sont habituellement résolus au sein des firmes privées par les effets combinés d’une supervision interne (assurée par exemple au moyen d’audits) et d’une supervision externe exercée par les actionnaires et les marchés financiers (Tirole, 2005). Or le manager public ne peut en aucun cas être soumis à cette seconde supervision. Le principal public ne peut l’intéresser aussi facilement à ses objectifs (qu’il est d’ailleurs souvent bien en peine de définir) que ne pourraient le faire des actionnaires privés, par exemple par l’intermédiaire de stock-options.

Une troisième défaillance de la propriété publique peut de la même façon être reliée à la structure incitative qui s’exerce sur le manager public. Il s’agit de l’absence de risque de faillite, laquelle introduit une contrainte budgétaire molle (Kornai, 1986). Le manager d’une entreprise privée, soumise au risque de dépôt de bilan en cas de pertes, s’inscrira dans le cadre d’une meilleure structure incitative qu’un manager public anticipant le déblocage automatique de soutiens budgétaires.

Tout d’abord, il apparaît que le gouvernement peut intervenir à moindre coût dans la gestion d’une entreprise publique pour lui imposer des choix, par exemple en termes de niveau d’emploi ou de redistribution, qui s’écartent de son objet social (Sappington et Stiglitz, 1987). Ce faisant, les distorsions de stratégie dans le cas des entreprises publiques, et donc les inefficiences, seront plus fréquentes que dans les entreprises privées (Boycko et alii, 1996). En outre, il est possible de considérer que les ingérences dans la stratégie des entreprises publiques seront d’autant plus aisées à mettre en œuvre que le manager public est protégé par une moindre asymétrie d’information vis-à-vis du gouvernement qu’un manager d’une entreprise privée (Shapiro et Willig, 1990). La privatisation apparaît comme le seul moyen de crédibiliser un engagement de ne pas interférer de façon discrétionnaire dans la gestion de la firme, dans la mesure où elle en accroît le coût et renforce l’asymétrie d’information (Schmidt, 1990). Ainsi, il est possible d’interpréter la privatisation dans une logique de checks and balances, le pouvoir des actionnaires venant contrebalancer celui des pouvoirs publics (Laffont, 2000). Ensuite, la réallocation des droits de propriété induite par la privatisation résout l’une des difficultés de la gestion publique en réduisant le risque, pour le manager, de se voir exproprié de ses investissements. En d’autres termes, la privatisation peut être conçue comme un engagement à laisser à ce dernier le bénéfice de sa rente informationnelle (en augmentant le coût de collecte de l’information) et donc à préserver ses incitations à l’efficacité (Laffont et Tirole, 1991).

Document 5 La très rentable privatisation des sociétés d’autoroutes, par Maxime Fayolle,  2016

En 10 ans, les profits issus des péages ont augmenté de près de 20%. Les sociétés d’autoroute se portent pour le mieux : 1,5 milliard €/an de dividendes pour les actionnaires. En septembre 2016, le ministre des transports Alain Vidalies annonce un nouveau plan autoroutier. Il prévoit 1 milliard d’euros d’investissement sur le réseau moyennant une hausse de 0,4% des péages entre 2018 et 2020. Un nouveau plan qui fait grincer les dents des automobilistes car en 10 ans, les tarifs des péages auront connu une hausse de près de 20%. Une situation dénoncée par l’Autorité de la concurrencedans un avis en 2014. A l’époque, le constat de l’Autorité est sans appel : le rapport de force est très largement déséquilibré entre les sociétés d’autoroute et l’État. Elle met en évidence la « rentabilité exceptionnelle » de ces sociétés estimée, pour l’année 2013, entre 20 et 24%. Cela signifie que sur 100€ de péage, l’équivalent d’un aller-retour Paris-Marseille, une vingtaine d’euros rentrent directement dans les poches des sociétés d’autoroute. Une rentabilité qui n’est pas justifiée par les risques ou les coûts supportés par ces sociétés. Laurent Hecquet est l’un des membres fondateurs de 40 millions d’automobilistes, il est aujourd’hui à la tête du think-tank Automobilité et avenir. Il a décortiqué le rapport de l’Autorité : Vente en deux temps

Ces sociétés d’autoroutes sont au nombre de sept. L’État commence à céder ses parts dès 2001, sous le gouvernement de Lionel Jospin, mais c’est en 2002 que la question de la privatisation se pose.

A l’époque, le Premier ministre est Jean-Pierre Raffarin. Il se souvient que le ministère des finances est venu lui exposer le projet de privatisation dès son arrivée : « Quand le sujet s’est posé, c’était à la demande de Bercy. Le ministre (des transports, ndlr) de l’époque, Gilles de Robien, est venu m’interroger à Matignon pour savoir si j’étais favorable à la privatisation des autoroutes. Nous avons fait un conseil restreint sur le sujet. Nous avons arbitré qu’on ne privatisait pas les autoroutes, qu’on gardait le revenu annuel de ce capital pour financer les travaux routiers dont on avait besoin.

Mais en 2005, le Premier ministre est remplacé par Dominique de Villepin, qui va aller totalement à l’encontre de son prédécesseur, comme le raconte Jean-Pierre Raffarin : « Quand j’ai quitté Matignon, Bercy est arrivé pour prendre sa revanche et pour vendre au Premier ministre de l’époque cette idée sublime qui était de privatiser les autoroutes. » Bercy arrive à convaincre Dominique de Villepin qu’il sera le Premier Ministre qui va faire baisser la dette.

Le prix de cette vente est également très critiqué. En 2006, l’État vend aux groupes VinciEiffage et Abertis pour la somme de 14,8 milliards d’euros. Une sous-évaluation de 10 milliards d’euros selon la Cour des comptes qui l’affirme en 2009. L’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, estime qu’il a réalisé une « bonne affaire » en se fondant sur un rapport parlementaire de 2005, qui estimait le prix des sociétés autoroutières à 11 milliards d’euros seulement. Laurent Hecquet, d’Automobilité et avenir, lui, ne critique pas le prix mais plutôt l’opportunité de vendre. En 2006, les autoroutes sont construites devant 25 à 30 ans, et les concessions commencent juste à rapporter de l’argent. L’Etat s’est séparé de ces sociétés au plus mauvais moment : « Si l’État était resté actionnaire majoritaire, il aurait à ce moment-là commencé à toucher les dividendes que touchent aujourd’hui les sociétés privées et qui lui auraient permis de financer ces infrastructures routières. »

Rentabilité maximale

Pour rentabiliser leur investissement, les sociétés d’autoroutes vont actionner trois leviers. Tout d’abord : réduire les effectifs. Les salariés aux barrières de péage disparaissent au profit des machines. Une casse sociale dénoncée par les syndicats, et notamment par Frédéric Dumouchel du syndicat SUD : « On va vers une automatisation à outrance pour supprimer de l’emploi, aussi bien sur la filière péages que sur la filière des agents routiers, donc ça touche le cœur même de l’emploi des sociétés d’autoroutes. »On était environ 20 000 avant la privatisation, on est aujourd’hui 14 000. On a perdu 6 000 salariés, 30% de la masse salariale.

Second levier : travailler en circuit fermé lorsqu’il faut entretenir le réseau autoroutier. Ce réseau mature et de bonne qualité a besoin d’investissements. L’Autorité de la concurrence constate que les grands groupes Vinci et Eiffage font appel à leurs filiales pour réaliser ces travaux.

Document 6 POLITIS Les services publics au rouleau compresseur, 2019

L’Europe, sous l’impulsion des gouvernements des États membres, a été le cadre d’un démantèlement progressif des télécoms, des postes, du train, etc. La gauche européenne souhaite inverser la tendance.

Doucement mais sûrement. La mécanique de privatisation des services publics, qui aboutit aujourd’hui à un démantèlement d’une rare intensité, puise ses racines dans un mouvement entamé il y a plus de trente ans. Après la privatisation, à la fin des années 1980, des outils productifs nationalisés à la Libération pour reconstruire le pays (banques, assurance, sidérurgie, industries manufacturières), les dirigeants européens en viennent, une décennie plus tard, aux grands réseaux d’État des télécommunications, de la poste et du transport ferroviaire.

L’Europe s’affirme comme le cadre privilégié pour conduire cette campagne, même si la privatisation est une idée tardive dans la construction européenne. « Depuis le début de l’histoire européenne, les débats étaient nombreux et visaient davantage la coopération entre les États et leurs opérateurs nationaux que la recherche de leur mise en concurrence », relève un rapport du groupe Gauche unitaire européenne (GUE) au Parlement européen, regroupant les communistes et des partis antilibéraux, qui tire le bilan des politiques de privatisation.

L’Europe épouse le dogme de la libéralisation au tournant des années 1980, en espérant raviver la croissance et tourner la page de la crise économique de 1973. Ce processus, souvent présenté comme résultant d’un agenda « de Bruxelles », répond en réalité à une volonté des gouvernements nationaux, sans lesquels aucune décision ne pourrait être prise par les instances européennes. L’idée de coopération est alors abandonnée au profit d’une mise en concurrence. On prépare des lots, connecte les réseaux et découpe les monopoles publics pour favoriser l’intrusion de multinationales dans la gestion des réseaux. Le rapport de la GUE démonte ainsi l’idée de « concurrence libre et non faussée » qui a servi à privatiser les grands réseaux. D’une part, l’ouverture s’est souvent conduite de manière artificielle afin de favoriser l’apparition d’un secteur privé dans le domaine concerné, quoi qu’il en coûte. D’autre part, la privatisation du train, de l’électricité et des services postaux a fait émerger « un très petit nombre de grandes entreprises ». Une « concurrence oligopolistique » qui confère « aux acteurs le pouvoir de fixer eux-mêmes les prix, la variété des services… On se retrouve ainsi avec les défauts du monopole, sans ses avantages », relève le rapport. Dans les télécoms, le mouvement naturel de concentration fait aujourd’hui courir la rumeur d’une fusion entre SFR et Free (1).

La conséquence de ces grands mouvements est mesurable sur la facture des ménages. En Espagne, selon l’étude, le prix de l’énergie a grimpé de 87 % en quinze ans à la suite de la libéralisation du secteur. En France, entre 2005 et décembre 2012, les tarifs réglementés de vente du gaz naturel ont augmenté en moyenne de 80 % pour les particuliers, avant de baisser fortement, pour finalement augmenter de nouveau. L’ouverture à la concurrence a, dans le même temps, fondé des fortunes colossales, comme celle de Xavier Niel dans les télécommunications.

Document 7 POLITIS, 2019 Trente ans de libéralisation en Europe

1986 L’Acte unique européen vise à apporter des réponses communes à la crise de 1973, notamment en « européanisant » par la coopération les secteurs des réseaux de communication, des transports et de l’énergie.

1996 La directive « marché intérieur de l’électricité » rend possible la concurrence pour les gros consommateurs.

1997 Première directive postale : la libéralisation est préférée à une politique d’harmonisation, qui aurait conduit à un opérateur et à des tarifs uniques en Europe.

1998 Ouverture à la concurrence du secteur des télécommunications.

2001 Premier paquet ferroviaire, qui prépare un découpage des activités ferroviaires (gestion des infrastructures et transport de passagers) et la libéralisation du fret.

2002 Deuxième directive postale, qui libéralise le courrier transfrontalier.

2004 Deuxième paquet ferroviaire : ouverture à la concurrence du marché du fret et renforcement de la connexion des réseaux ferrés des États européens.

2004 Ouverture des marchés de l’électricité pour les professionnels. EDF est transformée en société anonyme.

2007 Ouverture du marché de l’électricité pour tous les consommateurs.

2007 Troisième paquet ferroviaire : ouverture à la concurrence du marché du transport international de voyageurs.

2008 Troisième directive postale, point final du processus d’ouverture progressive du marché postal.

2016 Quatrième paquet ferroviaire : ouverture à la concurrence du transport de passagers à l’échelle nationale (en 2020 pour les lignes nationales et 2023 pour les lignes soumises à l’obligation de service public).

9 janvier 2019 Le gouvernement ouvre un appel d’offres au privé pour les lignes Intercités Nantes-Bordeaux et Nantes-Lyon

Film en libre visionnage sur le lien ci-dessous :

https://www.mainbassesurlenergie.com/

https://gazetflouzeatouslesetages.com/